Conditions de vie difficiles pour les réfugiés rohingya dans les camps du Bangladesh

Après avoir fui les persécutions au Myanmar au début des années 90, quelque 20 500 réfugiés rohingya vivent toujours dans des conditions précaires dans des camps au Bangladesh, ne souhaitant pas être rapatriés et incertains de leur avenir.

L'UNHCR a demandé en vain la permission d'améliorer les conditions d'accueil précaires des réfugiés rohingya du Myanmar dans les camps du Bangladesh.  © HCR/J.Pagonis

COX'S BAZAR, Bangladesh, 21 septembre (UNHCR) - Habillées de noir de la tête aux pieds, un voile cachant leurs visages, les femmes réfugiées rohingya dans les camps du Bangladesh glissent prudemment quelques papiers dans les mains des visiteurs, puis filent très vite, espérant n'être pas repérées. Ces quelques mots gribouillés révèlent un sort fait de punitions et de souffrance. Les réfugiés racontent avoir été battus, que des familles se sont vues confisquer leurs rations et qu'on leur a extorqué de l'argent, souvent d'ailleurs par les représentants des réfugiés eux-mêmes, que l'on appelle les Mahjees et leurs seconds.

« Nous savons que beaucoup de ces histoires sont véridiques, elles ont été portées à l'attention de l'administration du camp et du gouvernement plusieurs fois. Nous leur avons demandé de faire cesser de telles pratiques qui s'abattent sur des réfugiés déjà vulnérables », dit le délégué de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés au Bangladesh, Christopher Lee, qui dispose de preuves photographiques des mauvais traitements.

« Le travail de protection de l'UNHCR ici est extrêmement difficile. Dans les camps, nous faisons de notre mieux pour empêcher les punitions arbitraires, comme battre quelqu'un ou confisquer ses biens à une famille, des pratiques totalement inacceptables. Ils n'ont pas le droit d'interdire l'accès des réfugiés aux rations alimentaires », ajoute Christopher Lee. L'UNHCR assure une présence quotidienne avec les représentants du gouvernement lors de tournées dans les camps et enregistre beaucoup de demandes d'assistance de la part des réfugiés.

Les réfugiés sont totalement effrayés et traumatisés par certains incidents violents qui ont eu lieu l'année dernière, notamment le meurtre d'un Mahjee dans le camp de Nyapara en juillet - soi-disant à la suite d'une dispute pour de l'argent - et un autre incident en novembre 2004, lorsque trois réfugiés du camp de Kutupalong ont été tués après une lutte de pouvoir. Ces meurtres ont provoqué plusieurs arrestations et plusieurs centaines d'autres réfugiés ont fui le camp.

« Maintenant nous ne pouvons plus dormir tranquillement la nuit car la police fait des descentes toutes les nuits », a expliqué un réfugié, ne souhaitant pas être identifié.

Mais malgré une atmosphère très chargée, la plupart des réfugiés disent encore qu'ils ne veulent pas rentrer au Myanmar avant l'instauration de la paix et la démocratie.

Au début des années 90, plus de 250 000 personnes appartenant à la minorité musulmane rohingya ont échappé aux persécutions au Myanmar en fuyant par les frontières terrestres et fluviales vers le Bangladesh, où la plupart ont été accueillis dans une vingtaine de camps. Depuis, 236 000 personnes ont été rapatriées, quelque 20 500 autres sont restés dans deux camps gérés par le gouvernement, dans le district de Cox's Bazar au sud-est du Bangladesh. Leurs conditions de vie sont en-dessous du minimum acceptable pour un être humain et leur avenir est incertain.

Le gouvernement, qui n'est pas signataire de la Convention de 1951 sur les réfugiés, a toujours insisté sur le fait que les rohingyas devaient rentrer au Myanmar. Mais seulement 210 réfugiés ont été rapatriés en 2004 et, en août 2005, seuls 90 réfugiés ont profité du bateau de l'UNHCR pour traverser la rivière Naf et rejoindre le Myanmar. Quelques réfugiés ont été contraints à ce rapatriement par les Mahjees et les responsables du camp. Parfois, au dernier moment, lorsque les réfugiés arrivaient au point d'embarquement à Teknaf, ils changeaient d'avis et disaient ne plus vouloir rentrer au Myanmar. Leurs volontés ont été respectées et ils sont retournés dans le camp.

Les conditions de vie dans le camp sont difficiles. Les déplacements sont restreints, les logements des réfugiés sont surpeuplés et ont besoin d'importantes réparations. « Lorsqu'il pleut, les racines poussent et nous devons mettre nos bassines et nos jarres pour collecter l'eau des gouttières », dit une mère de 8 enfants. Pendant les deux dernières années, l'UNHCR a demandé au gouvernement les autorisations nécessaires pour reconstruire les hébergements dans les camps, mais sans succès jusqu'à présent.

Les enfants représentent 65 % de la population des camps, mais on ne peut faire grand-chose pour eux. Le gouvernement autorise seulement une éducation primaire partielle dans les camps. En plus de cela, l'éducation se fait en langue du Myanmar qui n'est pas la langue maternelle des enfants. Ils parlent le dialecte chittagong - le même que la population locale.

Beaucoup d'entre eux parlent le bengali, la langue nationale du Bangladesh, mais les autorités ne veulent pas que les enfants soient éduqués en bengali, car elles considèrent que c'est un premier pas vers l'intégration dans leur pays d'asile. En conséquence, les espoirs des jeunes enfants qui voudraient bien devenir médecins et enseignants s'éloignent, dans la mesure où ils auront peu de chance de poursuivre leurs études. Le taux d'éducation dans les camps est de seulement 12 %.

Tandis que les réfugiés ont de bonnes raisons de se plaindre de leurs conditions de vie, les autorités locales sont convaincues que quelques-uns d'entre eux sont impliqués dans des activités criminelles telles que la traite d'êtres humains et d'armes, la contrebande de drogue et le terrorisme. Il n'y a pas eu de condamnation de justice sur ces charges d'accusation, et, malgré le fait qu'on les considère comme des repaires de criminels, le gouvernement veut toujours maintenir les camps.

Alors qu'il est strictement interdit d'en parler, les réfugiés des camps travaillent dans les communautés locales - tirant des rickshaws, pêchant, fabriquant des briques et travaillant près des mines de sel. Quelques-uns d'entre eux se sont mariés dans les communautés locales, bien que cela soit désapprouvé par les autorités qui craignent que cela ne compromette les efforts de rapatriement.

« Beaucoup de ces personnes sont ici depuis 14 ans et il est grand temps d'avoir une approche réaliste de leur futur et d'essayer de trouver une solution pragmatique », indique Christopher Lee.