Déclaration liminaire du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés à la soixante et unième session du Comité exécutif du Programme du haut commissaire

Palais des Nations, Genève 4 octobre 2010

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Monsieur le Président, Excellences, Distingués délégués, Mesdames et Messieurs,

En décembre de cette année, le HCR fêtera son 60e anniversaire. L'année prochaine, nous célébrerons ce même anniversaire pour la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés ainsi que le 50e anniversaire de la Convention de 1961 sur la réduction des cas d'apatridie. C'est alors que 150 ans nous sépareront de la date de naissance du premier Haut Commissaire pour les réfugiés, Fridtjof Nansen.

Tous ces anniversaires nous donnent l'occasion de renforcer et de revigorer l'appui aux principes de la protection internationale dont dépend notre oeuvre. Je suis donc enchanté de vous accueillir à cette soixante et unième session du Comité exécutif.

Mesdames et Messieurs,

Pour ce premier Comité exécutif depuis ma réélection en avril dernier, j'aimerais entamer mes remarques par un examen de la persistance du conflit et de ses implications pour le HCR.

L'année dernière a été la pire de ces deux dernières décennies pour le rapatriement librement consenti des réfugiés. Le retour au foyer n'a concerné qu'environ 250 000 personnes. Cela représente un quart de la moyenne annuelle enregistrée au cours des dix dernières années.

Il y a là une explication toute simple : le caractère évolutif et de plus en plus insoluble du conflit rend l'établissement et le maintien de la paix plus difficiles.

La tradition voulait que l'on déploie des missions de maintien de la paix des Nations Unies et régionales lorsque les armes s'étaient tues. Les missions se déroulaient avec le consentement des parties et leurs objectifs étaient en général limités à la stabilisation des situations afin de consolider les efforts de paix.

Aujourd'hui les casques bleus se trouvent confrontés à une réalité bien différente. Ils sont souvent déployés, alors que la violence fait rage, dans des conflits internes caractérisés par une multiplicité d'acteurs, une prolifération d'armes et inévitablement le banditisme.

Les distinctions entre sphères militaire et civile se sont estompées. En conséquence, les civils et les humanitaires qui s'efforcent de les aider constituent des cibles. C'est pourquoi nous continuons à insister sur la nécessité de préserver l'autonomie de l'espace humanitaire. Le respect des principes d'indépendance, d'impartialité et de neutralité est le meilleur garant de la sécurité du personnel humanitaire.

En même temps, un certain nombre d'Etats font part de leur réticence croissante à l'égard des opérations de maintien de la paix sur leur territoire. Les préoccupations en matière de souveraineté nationale se traduisent de plus en plus souvent par le rejet de la présence internationale. Les requêtes entendues au début de cette année concernant le retrait de la MINURCAT au Tchad et de la MONUC en République démocratique du Congo en sont une illustration.

Mesdames et Messieurs,

La persistance qui caractérise aujourd'hui de plus en plus le conflit est particulièrement patente dans les situations en Afghanistan, en République démocratique du Congo (RDC) et en Somalie. Aucun de ces conflits n'est nouveau. Les combats font rage en Afghanistan depuis des décennies. La RDC n'a pratiquement rien connu d'autre que le conflit depuis 1998. L'absence d'une autorité centrale effective depuis 1991 n'a cessé de nourrir les troubles en Somalie.

Dans ce contexte, j'aimerais dire quelques mots de l'avenir des stratégies d'établissement et de maintien de la paix.

Je puise une source d'encouragement dans les efforts et l'engagement du Département des opérations de maintien de la paix dans le sens d'un réexamen complet du concept de maintien de la paix.

C'est aujourd'hui un cliché de dire que les Forces de maintien de la paix sont dépêchées sur des lieux où il n'y a pas de paix à maintenir. Leurs tâches déjà difficiles sont souvent rendues impossibles par des objectifs irréalistes ou contradictoires.

La clarté et la consistance sont les conditions indispensables à l'accomplissement d'un mandat. Pendant des années, la MONUC a été simultanément chargée de protéger les civils et d'appuyer l'armée congolaise dans son action contre les groupes rebelles. Toutefois, le comportement de cette armée a représenté l'une des menaces les plus graves pour les populations que la MONUC était censée protéger.

Il n'existe pas aujourd'hui de cotte taillée pour répondre aux besoins de cette décennie en matière de maintien de la paix. Dans certaines situations, il nous faudra consolider les forces chargées d'instaurer la paix. Dans d'autres, il nous faudra une intervention plus légère et un mandat soigneusement calibré pour axer notre effort sur la protection des civils et le maintien de l'espace humanitaire.

Dans tous les cas, le retrait des Forces de maintien de la paix doit faire partie d'une sortie de crise responsable, une fois réunies les conditions pour la sécurité et la paix durable.

Mesdames et Messieurs,

Comme le Pacte pour l'Afghanistan le reconnaît, la sécurité ne saurait « être assurée que par des moyens militaires. Elle réclame la bonne gouvernance, la justice et la primauté du droit renforcée par la reconstruction et le développement. [Et] l'appui de la communauté internationale ».

La réalisation de ces objectifs va naturellement au-delà du mandat du HCR. Elle exige une stratégie globale d'établissement de la paix dont nous ne constituons qu'un élément. Néanmoins, la participation des réfugiés dans les négociations de paix est une composante essentielle de leur succès.

Notre intérêt et notre rôle primordiaux consistent à réunir les conditions qui permettront aux réfugiés de rentrer et de se réintégrer dans leur pays d'origine. L'initiative des « Villages de paix » conduite par le HCR au Burundi et la coopération avec le Ministère de la Justice au Libéria pour garantir la poursuite plus systématique des auteurs de violence sexuelle et sexiste en sont deux exemples.

Mesdames et Messieurs,

Du fait de ces conflits sans issue, nous assistons à la constitution d'un certain nombre de populations réfugiées mondiales, quasi permanentes, dont les Afghans et les Somaliens ne sont que les exemples les plus criants. Lorsqu'elles s'aventurent au-delà des pays immédiatement voisins, elles courent un risque de plus en plus élevé d'être confrontées à l'hostilité des Etats à leur arrivée. La plupart des réfugiés afghans, 96 pour cent au total, résident dans les Républiques islamiques du Pakistan et d'Iran. Ces deux pays ont montré -- et continuent de le faire -- une générosité extraordinaire. Le Pakistan a accueilli des réfugiés afghans -- au nombre de 1,7 million aujourd'hui, depuis 30 ans. Même le déplacement massif engendré par les récentes inondations catastrophiques n'a pas mis cet accueil en péril.

Accordant en priorité un appui aux conditions qui permettront le retour volontaire, le Gouvernement pakistanais vient d'annoncer sa stratégie de gestion et de rapatriement des réfugiés afghans que le HCR contribue à mettre en oeuvre. Elle prévoit le remplacement et l'extension des cartes d'enregistrement pour les réfugiés afghans et la fourniture d'environ 200 000 nouvelles cartes aux membres de familles non encore enregistrées. Un million de certificats de naissance devraient être délivrés aux enfants afghans enregistrés et un profilage est actuellement entrepris pour identifier les personnes ayant des besoins de protection spécifiques, et déterminer la faisabilité d'autres options de statut telles que permis de travail et d'études.

En République islamique d'Iran, plus d'un million de réfugiés afghans ont l'autorisation de rester sur la base d'enregistrements régulièrement effectués. Conformément à un décret présidentiel promulgué l'année dernière, tous les enfants afghans, réfugiés ou non, ont l'autorisation d'aller à l'école. En attendant leur retour volontaire, la République islamique d'Iran a, depuis 2009, délivré 300 000 permis de travail aux réfugiés afghans sur son territoire. De concert avec le HCR, le Gouvernement examine la possibilité d'autres mesures pour accroître les perspectives de moyens d'existence viables.

Mesdames et Messieurs,

En outre, les réfugiés afghans sont dispersés dans 69 autres pays -- un tiers de tous les Etats du monde.

L'aggravation des conditions de sécurité dans de nombreuses régions d'Afghanistan et les sombres perspectives économiques et éducatives incitent les jeunes afghans à fuir ou à chercher des possibilités ailleurs. En 2009, plus de 6 500 mineurs afghans -- essentiellement des garçons -- ont demandé l'asile en Europe. Cela représente environ la moitié de toutes les demandes d'asile déposées en Europe l'année dernière par des mineurs non accompagnés. Bien d'autres jeunes afghans se déplacent mais n'ont pas demandé l'asile.

Les risques que courent ces jeunes voyageurs sont extrêmes.

Au début de cette année, le HCR a publié un rapport intitulé « Trees only move in the wind » fondé sur des entretiens dans six pays d'Europe avec 150 jeunes garçons africains âgés de 9 à 18 ans. Ce rapport décrit les périls qu'ils courent à toutes les étapes d'un voyage qui leur prend parfois des mois, voire des années.

Ces jeunes gens déclarent avoir été maltraités et séparés de façon coercitive des membres de leur famille par des trafiquants.

Avoir été détenus, battus et expulsés par la police dans les pays qu'ils ont traversés.

Avoir été employés de force ou conduits vers des trafiquants lorsqu'ils n'avaient plus d'argent.

Ils parlent de leurs compagnons étouffant dans les remorques des camions et noyés en mer -- parfois lorsque l'on fait délibérément couler les bateaux.

Bon nombre ont dormi par terre sans nourriture, sans hygiène, sans soins médicaux même après leur arrivée en Europe.

Personne ne devrait subir de telles épreuves et sûrement pas les enfants. Tous les mineurs doivent bénéficier d'un havre sûr, de nourriture, de soins médicaux, d'une chance d'aller à l'école et d'un tuteur qualifié.

De nombreux enfants et jeunes afghans obtiennent l'asile ou sont autorisés à rester dans les pays où ils ont demandé une protection pour des raisons humanitaires. D'autres, toutefois, ont moins de chance. Ayant ces mineurs à l'esprit, le HCR a récemment esquissé les garanties qui, à son avis, doivent être mises en place avant d'envisager le retour des mineurs vers l'Afghanistan.

A tout le moins, toute décision concernant le retour d'un mineur non accompagné doit se fonder sur une procédure officielle tenant compte de leur intérêt supérieur. La recherche de famille doit être conduite et des dispositifs d'accueil, de soins et de tutorat accompagnés d'un plan d'avenir pour les mineurs doivent être en place.

Mesdames et messieurs,

Sur les quelque 700 000 réfugiés somaliens dans le monde à la fin de 2009, environ la moitié était au Kenya et un quart au Yémen, un nombre de plus en plus important étant à Djibouti et en Ethiopie. Chaque mois, environ 8 000 personnes fuient encore le pays.

Aujourd'hui, nous voyons des réfugiés somaliens partout -- autre situation de réfugiés véritablement mondiale.

Je ne pense pas qu'il y ait un groupe de réfugiés aussi systématiquement rejeté, stigmatisé et discriminé que les Somaliens.

Certains Somaliens ont même été renvoyés à Mogadiscio -- capitale soumise à des bombardements quasi-ininterrompus et dont plus de 200 000 habitants ont fui cette année.

Ils sont la cible d'enrôlement par des parties au conflit et sont bien souvent victimes de coups de filets et d'attaques xénophobes et racistes.

Bon nombre ont péri dans le désert ou ont été abattus alors qu'ils franchissaient une frontière. Personne ne sait de façon sure combien se sont noyés en essayant de rejoindre la péninsule arabique ou d'autres terres.

Alixandra Fazzina donne une version particulièrement bouleversante du voyage d'« un million de shilling » à travers le Golfe d'Aden dans son livre qui porte le même titre. Mme Fazzina, comme vous le savez, est la lauréate de la Distinction Nansen de cette année qui lui sera attribuée lors d'une cérémonie ce soir.

Lorsqu'ils arrivent en lieu sûr, certains réfugiés somaliens sont toujours privés de nourriture, d'abris ou d'autre forme d'assistance.

Il est difficile de brosser un tableau plus sombre que celui des réfugiés somaliens. A l'heure actuelle, aucune perspective de paix ne se fait jour en Somalie. En l'absence d'une percée politique, les Somaliens continueront d'errer dans le monde en quête de sécurité et à la recherche d'une possibilité de reconstruire leur vie.

J'en appelle à vous pour que ces personnes vulnérables reçoivent une protection, conformément aux lignes directrices actualisées sur la recevabilité des demandes que nous avons publiées au début de cette année.

Je réitère également la requête que je vous ai présentée à la fin de juillet pour s'abstenir dans la situation actuelle de procéder à des retours forcés vers Mogadiscio. Mogadiscio n'est évidemment pas un endroit où l'on peut rentrer chez. soi.

Mesdames et Messieurs,

Les Somaliens ne sont pourtant pas les seuls réfugiés qui ne peuvent rentrer en raison de la persistance du conflit.

Plus de la moitié des réfugiés dont le HCR assume la responsabilité vivent dans des situations prolongées. On compte aujourd'hui 25 situations de ce type dans 21 pays.

Ce fardeau est assumé de façon disproportionnée par le monde en développement où vivent 4/5e de l'ensemble des réfugiés. Compte tenu de l'impact toujours actuel de la crise économique et financière mondiale, les ressources des pays hôtes sont sérieusement mises à l'épreuve.

Le Pakistan compte 745 réfugiés par dollar de PNB par habitant. Par ailleurs, le pays le plus sollicité du monde développé est l'Allemagne qui compte 17 réfugiés (par dollar de PNB par habitant).

Dans le cadre du Programme pour les régions accueillant des réfugiés (RAHA), le HCR travaille avec le Gouvernement pakistanais, le PNUD et des institutions chargées du développement pour promouvoir la coexistence harmonieuse entre les communautés pakistanaise et afghane moyennant le renforcement de la gouvernance et des services publics. Pour important qu'il soit, ce programme ne représente pourtant qu'une réponse modeste à des besoins très étendus.

Même une fois que les réfugiés sont rentrés chez eux, les zones dans lesquelles ils vivaient doivent souvent être réhabilitées. Nos efforts avec les partenaires pour procéder à la fermeture méthodique des camps et pour remettre en état les terres touchées, par exemple en Ethiopie et en Ouganda, ont été limités. Ces efforts doivent être multipliés et devenir la norme plutôt que l'exception.

La communauté internationale doit impérativement mieux comprendre et mieux reconnaître les efforts des pays hôtes. J'ai demandé aux services de l'évaluation et de l'élaboration de la politique générale de mandater une étude indépendante afin de mesurer l'impact socio-économique de l'accueil des réfugiés, y compris si possible sa quantification financière.

Entre-temps, il nous faut renforcer la solidarité internationale et le partage de la charge. Comme les partenaires de l'Initiative du HCR concernant les situations prolongées l'ont fait observer, chaque cas requiert une approche globale, assortie de solutions adaptées aux circonstances des réfugiés, de leur pays hôte et de leur pays d'origine.

Mesdames et Messieurs,

La réinstallation est un exemple tangible et effectif du partage de la charge. Elle permet aux réfugiés qui ne peuvent trouver la sécurité ou une solution durable dans leur premier pays d'asile d'établir leur résidence dans un autre pays. Nous travaillons dur pour faciliter la réinstallation. Le HCR a présenté des dossiers de réinstallation pour plus de 128 000 réfugiés en 2009 -- plus du double de 2005. Le nombre de départs -- c'est-à-dire de réfugiés qui se sont rendus dans leur nouveau pays -- a également augmenté pour s'établir à près de 85 000.

Depuis juin 2008, 12 nouveaux pays ont établi des programmes de réinstallation et leur nombre est aujourd'hui de 24. Un centre de transit d'urgence a été établi en Roumanie l'année dernière et un appui au transit a également été fourni par les Philippines et la République slovaque. Néanmoins, entre les besoins et les capacités en matière de réinstallation, le fossé reste immense. Le HCR estime qu'environ 800 000 réfugiés ont besoin d'être réinstallés alors que le nombre de places mises à disposition chaque année ne représente que 10 pour cent de ce chiffre et moins de un pour cent du nombre total de réfugiés dans le monde.

La réinstallation est un outil de protection crucial mais également un instrument stratégique permettant de débloquer les situations de réfugiés prolongées. J'en appelle aux pays pour qu'ils établissent ou élargissent leurs programmes de réinstallation.

Mesdames et Messieurs,

En dépit de la réduction du nombre des réfugiés ayant pu rentrer chez eux dans des conditions de sûreté et de sécurité l'année dernière, le rapatriement librement consenti reste une solution vitale. De fait, compte tenu de l'absence de solutions pour les conflits majeurs, il est d'autant plus important de se concentrer sur les possibilités de rapatriement librement consenti qui existent.

Ce n'est qu'en optimisant les possibilités de réinstallation et de retour volontaire et en instaurant un partage plus équitable des responsabilités en matière d'accueil de réfugiés que nous pouvons espérer susciter davantage de receptivité quant à l'intégration sur place.

A cet égard, j'aimerais une fois encore faire état de la générosité profonde de la République-Unie de Tanzanie qui a accordé la nationalité à plus de 162 000 réfugiés burundais dans le pays depuis 1972. La Tanzanie a besoin de notre soutien le plus ferme et elle le mérite.

Le Plan d'action global du HCR sur les situations prolongées, publié l'année dernière, met l'accent sur l'importance d'une assistance accrue aux réfugiés en matière d'éducation et d'autonomie. L'emphase plus réelle sur l'éducation a permis d'accroître les taux d'inscription dans le cadre de dix opérations dans des camps.

Mesdames et Messieurs,

La prévention de l'apatridie fait partie intégrante du mandat du HCR.

A la fin de 2009, on comptait 6,6 millions de personnes dans le monde reconnues comme apatrides, bien que des estimations officieuses établissent ce chiffre à 12 millions.

Des efforts importants ont été récemment déployés par un certain nombre d'Etats pour améliorer leur législation nationale afin de réduire le risque d'apatridie. Le Viet Nam a naturalisé un premier groupe d'anciens réfugiés apatrides du Cambodge et a révisé sa législation pour naturaliser les apatrides et pour faciliter le recouvrement de la nationalité à ses anciens ressortissants. Un certain nombre d'autres pays ont amélioré leur système d'enregistrement des naissances, question d'importance cruciale pour éviter l'apatridie.

Le Bangladesh et le Zimbabwe ont adopté des réformes visant à reconnaître aux femmes, à égalité avec les hommes, le droit de conférer la nationalité à leurs enfants. La nouvelle constitution du Kenya met les femmes et les hommes sur un pied d'égalité à cet égard. Une réforme similaire est sur le point d'être adoptée en Tunisie. Dans un certain nombre d'autres pays, toutefois, les femmes ne sont pas en mesure de conférer leur nationalité à leurs enfants. Le HCR s'emploie activement à plaider en 2011 pour des réformes législatives afin que les mères et les pères puissent indifféremment conférer leur nationalité à leurs enfants. J'en appelle à tous les Etats pour qu'ils nous appuient dans cette initiative.

Mesdames et Messieurs,

Dans le contexte de l'orientation du Comité permanent interinstitutions et du processus de réforme humanitaire, le HCR est le fer de lance de la réponse internationale aux personnes déplacées à l'intérieur des frontières de leur propre pays du fait d'un conflit.

On estime aujourd'hui à 27 millions le nombre de déplacés internes dans le monde. Depuis des années maintenant, la plupart des déracinés du monde ont été déplacés au sein de leur propre pays. La responsabilité première de répondre aux situations de déplacement intérieur incombe aux Etats. Dans de nombreux cas, toutefois, cela représente un défi tout simplement immense.

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de rappeler l'adoption l'année dernière lors du sommet spécial de l'Union africaine à Kampala en Ouganda de la Convention sur la protection et l'assistance aux déplacés internes en Afrique. J'encourage vivement les pays à ratifier cet instrument.

Au niveau mondial, la réponse de la communauté humanitaire au déplacement interne ne cesse d'évoluer. De nouvelles formes de coopération et de partenariat se développent entre les trois piliers de la plate-forme humanitaire mondiale, les Nations Unies, le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge ainsi que les ONG nationales et internationales.

Dans ce contexte, le HCR a assumé la responsabilité de conduire la réponse en matière de déplacement interne causé par le conflit, dans les domaines de la protection, des abris et de la gestion des camps. Pour les personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays par des catastrophes naturelles, le HCR s'est vu confier par le Comité permanent interinstitutions le rôle d'animation du module de protection au niveau global, mais des déficiences se font encore jour au niveau des pays.

La fréquence et la gravité des catastrophes naturelles a rendu caduque l'approche au cas par cas de la direction du module de protection au niveau du pays.

J'estime que le HCR devrait, dans le contexte de l'approche interinstitutionnelle, être en mesure de combler le fossé.

Je suis conscient des préoccupations exprimées par les Etats membres, eu égard à notre capacité en la matière, sans mettre en danger nos opérations statutaires. En conséquence, un ensemble clair de conditions devrait régir l'acceptation par le HCR de cette responsabilité additionnelle.

Tout d'abord, le HCR ne s'impliquerait qu'avec le consentement clair de l'Etat concerné. Deuxièmement, notre engagement ne serait effectif qu'à la demande du Coordonnateur humanitaire et en étroite consultation avec le Gouvernement et les institutions partenaires compétentes.

Troisièmement, les ressources débloquées pour faire face aux catastrophes naturelles ne le seraient pas aux dépens des programmes du HCR en faveur des réfugiés ou des apatrides. Notre structure budgétaire pare à cette éventualité. Nous n'accepterions pas non plus que ces fonds viennent de programmes consacrés aux déplacés internes du fait d'un conflit. Avant que le HCR n'assume un rôle plus prévisible auprès de ces personnes, des inquiétudes s'étaient fait jour eu égard à une soustraction des ressources prévues pour les réfugiés. Nous voyons aujourd'hui à l'évidence qu'il n'en est rien. En fait, notre rôle plus prévisible auprès des personnes déplacées de force dans leur propre pays a accru les synergies, ce qui se traduit par un volume de ressources plus important pour l'ensemble des personnes prises en charge par le HCR, y compris les réfugiés.

Enfin, conformément à la tradition et au bon sens, les modalités de notre engagement dépendront de notre présence ou non dans le pays concerné.

Lorsque nous disposons d'une présence opérationnelle, particulièrement dans les pays accueillant un grand nombre de réfugiés, il serait inique de notre part de ne pas dispenser notre assistance à ces populations hôtes, elles-mêmes déplacées par une catastrophe naturelle. C'est ce qui a guidé notre réponse en Indonésie, à Sri Lanka et en Somalie face au tsunami dans l'Océan indien de décembre 2004, au Pakistan lors du tremblement de terre de 2005 et lors du déplacement massif causé aujourd'hui par les inondations.

Lorsque nous ne disposons pas d'une présence opérationnelle et qu'une autre institution assume ou veut assumer la responsabilité d'un mécanisme de coordination de protection, cette solution devrait s'imposer. Ce fut le cas en Haïti. Notre engagement ne se fera jamais aux dépens de la capacité de protection d'autres acteurs. Si aucune institution ne souhaite diriger le module de protection, le HCR, à la demande du Coordonnateur humanitaire et avec l'accord de l'Etat concerné, serait prêt à remplir ce rôle en déployant une équipe de réponse d'urgence à bref délai, comme nous l'avons fait aux Philippines.

En octobre de l'année dernière, en réponse aux inondations au nord des Philippines, le HCR a été sollicité par le Coordonnateur de secours d'urgence en vue de conduire le module de protection. Sur la base de l'utilité évidente des activités menées à bien, nous avons été par la suite invités par le Gouvernement à établir une présence pour renforcer la réponse de protection face aux personnes déplacées par le conflit à Mindanao.

Dans un souci de clarté, permettez-moi de préciser ce que le HCR NE propose PAS. Nous ne suggérons pas un amendement au mandat ou un rôle élargi pour le HCR dans l'un quelconque des modules où les responsabilités sont déjà claires. Mais nous estimons de notre devoir, lorsqu'il convient, d'appuyer les gouvernements, dans la mesure de nos compétences, dans des domaines tels que l'enregistrement et l'établissement de papiers, l'identification des personnes vulnérables et la réponse à la violence sexuelle et sexiste.

Mesdames et Messieurs,

Dans mon discours de l'année dernière, j'ai parlé en détail du programme ambitieux du HCR en matière de réformes internes. Je ne propose pas de le faire à nouveau mais j'aimerais mettre en lumière certains des résultats clés.

En 2005, avant la réforme, le Siège de Genève comptait environ 1 000 fonctionnaires, sur près de 7 100 dans le monde et un budget total d'environ 1,1 milliard de dollars E.-U.

Aujourd'hui, nous avons 695 fonctionnaires à Genève, et environ 7 200 dans le monde ; le volume total de nos activités en 2009 représentait 1,75 milliard de dollars E.-U. En d'autres termes, nous avons accru nos opérations de 60 pour cent moyennant le même nombre d'agents dans le monde et 30 pour cent de moins à Genève.

L'accroissement de la productivité permet de dégager davantage de ressources pour les personnes dont nous avons la charge. Les économies réalisées au niveau des dépenses de personnel, par exemple, nous permettent de combler des lacunes cruciales dans les secteurs de la violence sexuelle et sexiste, du paludisme, de la malnutrition, de la santé et de la reproduction et de l'eau et de l'assainissement.

Ce processus n'a pas été dénué d'obstacles et quelques réformes sont encore en cours. L'un des grands problèmes à résoudre est la prise en compte de nos problèmes par nos logiciels clés, Focus et MSRP, afin de tirer pleinement parti du potentiel que présente la gestion basée sur les résultats. Une des leçons apprises de ces difficultés est que nous devrions nous abstenir d'élaborer un logiciel complexe en interne.

Afin de minimiser les risques pour la mise en oeuvre du paquet initial de réformes globales, les services informatiques n'ont pas été inclus. L'heure est désormais venue de restructurer la Division des systèmes d'information et des télécommunications, y compris la décentralisation d'un certain nombre de Services pour les positionner plus près du point d'exécution.

La plupart des initiatives du HCR en matière de politique de ressources humaines ont été mises en oeuvre. En raison du caractère sensible des réformes concernant les affectations, les promotions, les contrats et le recrutement, nous nous sommes fixé pour objectif d'y parvenir moyennant le dialogue entre le personnel et la direction. Suite à un accord au sein du Comité consultatif mixte, une nouvelle politique en matière d'affectations a été adoptée en juin. Les discussions sont bien avancées concernant la politique connexe pour les promotions, et seront suivies par des conversions de personnel local et un recrutement externe. Les amendements aux règles régissant la recevabilité des candidatures d'Administrateurs auxiliaires et de VNU pour des postes en tant qu'agents internes ont déjà été pris en compte. Les retards au niveau de l'adoption à New York d'une nouvelle politique en matière de contrats des Nations Unies nous ont contraints à différer notre processus pour l'instant.

Comme nous l'ont demandé de nombreux Etats membres, nous établissons à l'heure actuelle un Comité d'audit et consultatif totalement indépendant en vue de remplacer notre Comité actuel de contrôle.

Le nouveau Haut Commissaire adjoint, Alexander Aleinikoff, arrivé en février, supervise ces activités. Avec les Hauts Commissaires Assistants chargés de la protection et des opérations, Erika Feller et Janet Lim, ils incarnent la vision, le dévouement et le professionnalisme auxquels nous aspirons tous.

Mesdames et messieurs,

J'aimerais appeler votre attention sur un développement au niveau des Nations Unies. Afin d'harmoniser les conditions de service pour les agents des Nations Unies dans les lieux d'affectation n'acceptant pas les familles, une proposition est actuellement à l'étude qui modifierait de façon importante et, le plus souvent, réduirait l'appui accordé au personnel du HCR et des institutions humanitaires soeurs.

A tout moment, un tiers de notre personnel international, pour qui le roulement est obligatoire, est basé dans des lieux d'affectation difficiles n'accueillant pas les familles. Tout comme d'autres institutions des Nations Unies sur le terrain, le HCR a utilisé une approche des opérations spéciales pour gérer ces postes, permettant un appui structuré aux membres de famille résidant dans le lieu le plus favorable pour le fonctionnaire.

J'apprécie l'importance de l'harmonisation mais je voudrais dire que l'égalité de traitement suppose l'égalité de situation. Les fonctionnaires du HCR doivent passer environ un tiers de leur carrière dans des lieux d'affectation n'acceptant pas les familles. Cette situation est très différente de la norme en matière de déploiement au sein du Secrétariat des Nations Unies. Il est déjà très difficile d'attirer le personnel le plus capable dans des lieux d'affectation reculés. Nous ne pouvons courir le risque de décourager le personnel d'accepter des affectations dans des lieux complexes et peu sûrs en aggravant leurs conditions de travail et en imposant des distances encore plus grandes entre leurs familles et eux.

J'en appelle aux Etats en tant que membres de l'Assemblée générale des Nations Unies de tenir compte de ces réalités. De grâce, ne nous apportez pas de solutions aux problèmes que nous n'avons pas, ce qui ne ferait qu'aggraver les problèmes que nous avons.

J'aimerais rendre hommage au personnel du HCR, à son courage et à son esprit de sacrifice, opérant comme il le fait dans les conditions les plus dures qui soient dans le monde.

Mesdames et Messieurs,

La transition que gère le HCR vers un budget basé sur les besoins, GNA, nous permet d'exprimer de façon plus exacte les besoins des populations dont nous avons la charge. J'aimerais toutefois lancer une mise en garde. Ayant élaboré et mis en oeuvre cet outil remarquable, je ne saurais trop souligner l'importance de le financer. A cette fin, nous espérons obtenir des ressources supplémentaires de nos donateurs traditionnels mais nous renforçons considérablement nos efforts pour attirer de nouveaux donateurs et pour établir des objectifs ambitieux de collecte de fonds dans le secteur privé. L'appui sans précédent des donateurs tout au long de mon premier mandat justifie mon optimisme à cet égard.

L'évaluation des besoins globaux ne sera couronnée de succès que si les donateurs résistent à la tentation d'affecter les contributions à des activités extérieures aux priorités établies. Ce n'est qu'avec des contributions flexibles que nous serons en mesure d'allouer les fonds où ils sont le plus nécessaires.

Alors que nous avons réduit les dépenses du Siège de 14 à 9,5 pour cent des dépenses totales et les dépenses de personnel de plus de 42 pour cent à moins de 29 pour cent, nous pouvons garantir qu'une part de plus en plus importante du financement non affecté est consacrée aux crises oubliées plutôt qu'aux dépenses structurelles.

Mesdames et Messieurs,

En 2010 et au-delà, nos priorités concernant le développement de la capacité du HCR iront prioritairement à la protection ainsi qu'à la préparation et à la réponse d'urgence.

Des chiffres repères en matière d'effectifs de protection ont été publiés en mars afin d'indiquer aux Bureaux le niveau adéquat de dotation en personnel pour les fonctions de protection dans différents contextes opérationnels.

Par l'entremise de la Division de la protection internationale et du Centre d'apprentissage global, nous accroîtrons les possibilités d'apprentissage en matière de protection tant pour le personnel du HCR que pour celui des partenaires. Nous élargissons l'éventail de programmes d'apprentissage thématiques, y compris la réponse aux déplacés internes du fait d'un conflit et de catastrophes naturelles et nous renforçons les possibilités de formation extérieures.

Les réfugiés vivant aujourd'hui de plus en plus dans les villes et non plus dans les camps, nous déployons davantage d'efforts pour avoir accès à ces populations, faisant fond de pratiques novatrices telles que les programmes d'assistance en espèces en Syrie et en Jordanie, mis en oeuvre par les réseaux nationaux ATM et en utilisant le système de messagerie courte pour informer les réfugiés des distributions d'aide. Nous avons choisi un certain nombre de lieux pilotes pour la mise en oeuvre de notre nouvelle politique concernant les réfugiés urbains, publiée l'année dernière, et organiserons une série d'évaluations en temps réel au cours de l'automne.

Le partenariat est au coeur de tous ces efforts, particulièrement avec les partenaires nationaux qui représentent les trois quarts des dispositifs d'exécution du HCR. Au cours des quinze dernières années, nos partenariats nationaux en matière de protection ont doublé.

Mesdames et Messieurs,

En matière de préparation et de réponse d'urgence, notre objectif fondamental est de répondre immédiatement aux besoins des populations déplacées en mobilisant un personnel d'urgence et en acheminant les premiers secours d'urgence dans les 72 heures. A cette fin, nous maintenons des stocks d'abris et d'articles de secours pour 500 000 personnes, outre les ressources nécessaires pour nos programmes courants.

La succession rapide des crises au cours de l'été passé au Kirghizistan et au Pakistan, outre nos activités d'entreposage pour les situations à l'est et dans la Corne de l'Afrique, a montré à quel point il était important d'être en mesure de répondre à plus d'une situation d'urgence en même temps, tout en préservant une capacité financière suffisante pour entamer les opérations sans avoir à attendre les résultats d'un appel.

Le fichier de réponse d'urgence est renforcé par un personnel de rang supérieur et par des profils professionnels intéressants dans l'ensemble de l'Organisation. La protection y figurera en tant que fonction clé veillant à ce que des compétences soient disponibles non seulement en réponse aux crises de réfugiés traditionnelles mais également lors des déplacements internes causés par un conflit et des catastrophes naturelles.

Une stratégie globale de formation en matière de sécurité et de réponse d'urgence est déjà mise en oeuvre.

Un système de gestion globale des stocks et un plan d'exécution nous ont permis de consolider et de rationaliser la gestion des stocks régionaux et centraux d'urgence.

Mesdames et Messieurs,

Le HCR élabore un nouvel ensemble de partenariats avec le secteur privé afin de définir une stratégie et promouvoir un certain nombre de projets tirant pleinement profit des innovations technologiques en matière de protection des réfugiés, d'assistance et de recherche de solutions durables. A l'heure actuelle, ces efforts se concentrent sur les énergies renouvelables, l'informatique et les télécommunications, particulièrement les systèmes et les équipements mobiles.

Mesdames et Messieurs,

J'aimerais en conclusion revenir aux prochains anniversaires de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, de la Convention de 1961 sur la réduction des cas d'apatridie et la naissance de Fridtjof Nansen.

Nous prévoyons une année d'activités avec pour point d'orgue une réunion au niveau ministériel des Etats parties aux Conventions relatives aux réfugiés et à l'apatridie à Genève en décembre 2011. Nous espérons que les Etats seront en mesure d'annoncer des actions concrètes pour renforcer la protection internationale, offrir des solutions durables, résoudre les situations de réfugiés et définir des orientations perspicaces face aux nouveaux défis.

Les commémorations seront une occasion d'intensifier nos efforts pour promouvoir les adhésions aux Conventions de 1954 et de 1961 sur l'apatridie et de mettre la dernière main à tout un éventail d'instruments de politique, de doctrine et de plaidoyer pour lutter contre l'apatridie.

Les commémorations fourniront également une plate-forme précieuse pour promouvoir une prise de conscience et un appui plus nets pour les déplacés internes et les apatrides.

Ces commémorations devraient nous permettre de forger un nouveau consensus sur la protection, élargissant la portée de la Convention de 1951. Nous n'avons pas l'intention de réviser cette Convention. Nous voulons plutôt, avec vous, examiner les lacunes de protection dans le contexte des personnes qui se déplacent et voir s'il existe de nouveaux moyens de réfléchir et de fournir une protection.

Un ensemble préliminaire de réunions d'information sur les activités de commémoration proposées a récemment été organisé à l'intention des Etats par le biais des groupes régionaux ici à Genève. Une information supplémentaire sera mise à disposition lors d'un évènement en marge de cette session demain matin. Une série de consultations informelles avec les membres du Comité exécutif devrait permettre de dégager un consensus optimal.

De concert avec nos partenaires du secteur non gouvernemental, qui contribue à faire de l'asile, de la réinstallation et du rapatriement des réalités, je suis convaincu que nous ferons de 2011 une année très spéciale.

Mesdames et messieurs,

Lorsque je considère les cinq années que je viens de passer à la tête du Haut Commissariat, je suis frappé par le chemin que nous avons pu faire grâce à votre appui et au dévouement du personnel du HCR. Il va sans dire, toutefois, qu'étant donné la nature évolutive du déplacement forcé, il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Le 14 décembre, le HCR aura 60 ans. Pour une personne, il n'est pas toujours facile de réconcilier la sagesse de l'expérience et la vitalité de la jeunesse. Pour une organisation, il peut exactement en être de même.

A l'heure de fêter nos 60 ans, j'espère que nous avons acquis la sagesse que vous attendez de nous. Je puis vous assurer que nous n'avons rien perdu de notre vitalité.

Merci beaucoup.