Retrouvailles aigres-douces en Sicile pour une famille syrienne rescapée d'un naufrage en Méditerranée

Quatre familles syriennes rescapées d'un naufrage ont été récemment réunies dans une commune sicilienne loin de leur pays déchiré par le conflit.

Deux des enfants appartenant à des familles syriennes récemment réunies explorent les rues de Sant'Angelo Muxaro, où a eu lieu le regroupement familial.   © HCR/P.Tesoriero

SANT'ANGELO MUXARO, Italie, 12 novembre (HCR) - Lors d'une soirée chargée en émotion au début de ce mois, quatre familles ont récemment été réunies dans une commune sicilienne, loin de leur pays déchiré par le conflit. Ils ont tous vécu une terrible tragédie en mer.

Les 13 réfugiés syriens ayant bénéficié de ce regroupement familial organisé dans une salle de la mairie de Sant'Angelo Muxaro étaient passagers d'un bateau de passeurs qui se dirigeait vers l'Europe. L'embarcation avait fait naufrage le 11 octobre dernier, à environ 95 kilomètres de l'île de Lampedusa, le territoire le plus méridional de l'Italie. Les garde-côtes italiens et la marine maltaise ont réussi à secourir 211 personnes, mais 27 corps sans vie avaient été retrouvés et plus de 250 personnes sont portées disparues en Méditerranée.

Dans la confusion, des familles ont été séparées. Les enfants non accompagnés ont été pris en charge et transportés vers la Sicile. Les adultes ont, eux, été transportés vers Malte. L'attente de nouvelles sur le devenir des proches a été une épreuve. Les familles réunies à Sant'Angelo Muxaro ont été prévenues, dès que cela a été possible, sur le sort de leurs proches qui avaient été transportés ailleurs.

Ces retrouvailles ont été douces-amères pour certains et une expérience éprouvante pour tous après un long voyage pour rejoindre la ville qui va désormais devenir leur lieu d'hébergement temporaire, dans le cadre d'un programme gouvernemental italien. Farah* a failli perdre connaissance quand elle a reconnu sa fille à la fenêtre d'un bus après un trajet de trois heures vers Sant'Angelo Muxaro. Hashim a pleuré de joie et de douleur tout en tenant dans ses bras Dawud, deux ans. La mère du petit garçon s'est noyée durant la tragédie au cours de la traversée qui devait les amener en lieu sûr après avoir fui la violence déchirant la Syrie. Plus de deux millions de personnes ont fui vers d'autres pays de la région.

Farah, son mari Jaber, et Hashim faisaient partie d'un groupe de six adultes et un enfant qui ont été transportés depuis Malte vers la Sicile environ trois semaines après la tragédie en mer. Ce transport s'est effectué grâce à l'aide conjointe du HCR et de ses partenaires, y compris les autorités italiennes et maltaises, la Croix-Rouge italienne, l'Organisation internationale pour les migrations, Save the Children et le Jesuit Refugee Service.

Les procédures administratives habituelles ont été accélérées, mais les sept personnes à Malte - Farah, Jaber, Hashim, Rashid, Ilham, Issam et son fils Labib - ont dû rassembler des documents et passer des tests ADN selon la décision d'un tribunal pour enfants en Sicile.

« Les procédures ont été très complexes du fait de la présence d'enfants dans cette affaire », a indiqué Laurens Jolles, Représentant régional du HCR, tout en remerciant toutes les personnes ayant travaillé pour permettre ce regroupement familial dans un temps aussi limité. « Nous sommes ravis de voir que ce regroupement familial s'est finalement effectué », a-t-il ajouté.

Après les démarches administratives, le groupe de Malte a été transporté par avion depuis La Vallette avec un membre du personnel du HCR. L'émotion était palpable alors qu'ils se préparaient à quitter La Vallette. « Peu importe que ce soit en Italie ou à Malte, je veux juste retrouver Amira », a répété Farah plusieurs fois à l'aéroport.

Dans l'avion vers Catane, dans l'est de la Sicile, Labib, quatre ans, s'est endormi. Il n'avait pas conscience de l'importance de la réunion à venir avec son frère Abdel. Mais son père, Issam, n'a cessé de demander des nouvelles concernant sa femme et leurs deux autres enfants, qui sont portés disparus. L'excitation était à son comble lors du trajet en route vers Sant'Angelo Muxaro. « C'est loin ? Quand arrivons-nous ? », n'ont cessé de demander Rachid et Ilham, qui ont finalement retrouvé leurs trois jeunes enfants, y compris un bébé de 10 mois.

Les quatre familles vont bénéficier d'un programme de réception, dans le cadre du Système italien pour la Protection des demandeurs d'asile et des réfugiés. Ils peuvent vivre où ils veulent en Italie durant l'examen de leur demande d'asile. Les familles reçoivent un abri, de la nourriture, des vêtements, une allocation d'aide financière et des cours de langue. Ils peuvent également accéder à la gratuité de l'éducation et des soins de santé. Ils bénéficieront de ce programme pour plus d'un an.

Parallèlement, certains enfants ont déjà commencé à adopter la culture italienne et à parler italien. « Machinina, machinina », a dit Abdel à son frère, en pointant du doigt une voiture miniature avec laquelle ils jouaient. Même Issam, leur père, est déterminé pour son insertion dans le pays. « Je vais apprendre l'italien », a-t-il promis.

* Les noms des réfugiés sont fictifs pour des raisons de protection

Par Pietro Tesoriero et Anouar Belrhazi à Sant'Angelo Muxaro, Italie. Federico Fossi à Rome, Italie, a contribué à cet article.