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"C'est très important, une maman avec ses enfants."

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"C'est très important, une maman avec ses enfants."

Solange, réfugiée camerounaise, n'avait pas revu sa fille Fabienne depuis quatre ans, après leur séparation en Libye. Grâce à une procédure de réunification familiale, elles ont enfin pu se retrouver à Paris. Parce que les familles sont faites pour être ensemble.
17 Février 2022

Grâce à une procédure de réunification familiale, Solange et Fabienne, séparées depuis 4 ans, ont enfin pu se retrouver à Paris.

Quatre ans. Quatre longues années que Solange attend ce moment. Dans le hall des arrivées de l’aéroport Charles-De-Gaulle, à Paris, elle fixe la porte automatique qui la sépare encore de sa fille Fabienne. Un bouquet de roses rouges dans une main, celle de son fils Djibril, 2 ans, dans l’autre.

Après plus de deux heures d’une attente où la tension, l’espoir et l’inquiétude ont successivement joué sur son visage, les derniers passagers font leur apparition. Fabienne est de ceux-là. Poignantes, leurs retrouvailles au milieu de la grande salle portent toute la douleur qui a traversé leur vie ces dernières années, après leur fuite du Cameroun puis leur séparation en Libye.

Escale sur les routes du désespoir, ce pays est souvent le point de départ de nouvelles souffrances pour celles et ceux qui ont été forcés de fuir leur foyer à travers l’Afrique.

“C’est devenu une femme.”

Ce dimanche d'octobre, la douleur a laissé la place à la joie. Fabienne, sa petite fille qui la dépasse maintenant de quelques centimètres, n’est plus une enfant mais une femme. C’est ce dernier mot qui revient dans la bouche de Solange, qui n’en croit pas ses yeux. “Lorsqu’on a été séparées, elle avait 12 ans ! Elle en a 16 aujourd'hui ! Quatre ans, c’est long. Regardez comme elle est belle !”, sourit-elle, en toisant sa fille de haut en bas. “C’est devenu une femme.”

Le petit frère, qui a profité de l’attente pour faire le tour de l’aéroport en compagnie de l’assistante sociale qui les accompagne, tend timidement le bouquet de roses à cette grande sœur dont il a tant entendu parler, avant de lui poser un timide baiser sur la joue. Les vraies présentations attendront, car toute la famille doit maintenant prendre la route de Limoges, à quatre heures de Paris.

Fabienne et Solange ont pu être réunies en France grâce à une procédure de réunification familiale. Sans nouvelle de sa fille pendant plusieurs années, mère et fille ont pu renouer contact grâce au travail conjoint du service de rétablissement des liens familiaux de la Croix Rouge et du HCR, qui ont retrouvé Fabienne en Algérie et organisé leurs retrouvailles.

Une nouvelle famille pour Fabienne en Algérie

Avant de prendre l’avion pour la France, Fabienne a vécu seule en Algérie, où elle est arrivée de Libye, en 2019. Isolée, sans ressources, elle a rapidement été soutenue par une famille de femmes réfugiées.

Fabienne a rencontré Joinex et sa sœur lorsqu'elle est allée faire tresser ses cheveux en ville. Elles sont rapidement devenues amies et la jeune fille n'a pas tardé à demander à sa mère si Fabienne pouvait venir vivre avec elles. Deux ans et demi plus tard, elles se connaissent "de A à Z", comme elles disent en riant. "Je peux vous dire sa taille, son poids, tout ce que vous voulez !"

"Nous sommes soeurs maintenant."

"Au début ce n'était pas facile, elle était têtue, et elle ne voulait aucun conseil, mais nous sommes sœurs maintenant. Il n'y a pas que le sang qui détermine une famille", raconte Léotitia, l'aînée, à l’aéroport d’Alger, tandis que les yeux de Fabienne brillent d'un sourire derrière son masque.

Cette nouvelle étape en Algérie a permis à Fabienne de vivre comme les jeunes filles de son âge, qui n’ont pas eu l’exil pour histoire. Mais elle n’a jamais cessé de chercher à retrouver sa mère.

Un long processus de réunification

Lorsque Fabienne s'est adressée au HCR en Algérie et a déposé sa demande d'asile, elle a pu raconter son histoire et les circonstances de la séparation avec sa famille.

Le processus n'a pas été facile et a duré pas moins de deux ans, au cours desquels le HCR et le CICR ont travaillé main dans la main avec un seul objectif : les réunir. Après des mois de recherche, Fabienne et sa maman ont enfin pu être mises en relation, grâce à l’action décisive de la Croix-Rouge française.

Mais le processus n'était pas encore terminé. Le HCR les a accompagnées durant la procédure pour obtenir les documents nécessaires à l'octroi d'un visa pour la France. Des billets d'avion ont finalement été pris pour Fabienne, qui a pu s’envoler vers un nouveau futur.

À la différence des voies complémentaires telles que les visas humanitaires, les programmes de mobilité de la main-d’œuvre et d’études, la réunification familiale est basée sur le droit à la famille et est de ce fait un élément essentiel à une protection pleine et entière des réfugiés.

Un nouveau départ

Il ne faut pas minimiser la difficulté à reprendre le fil du quotidien après de tels parcours de vie, et si l’amour tient lieu d’onguent, il est des blessures qui mettent plus longtemps que d’autres à se refermer.

"Oui, les rêves ça se réalise."

Fabienne a pu passer son premier Noël avec sa famille depuis quatre ans. Si tout n’a pas été facile pour la jeune fille à son retour, après la séparation avec sa famille d’adoption, elle peut compter sur la patience et la tendresse de Solange pour trouver sa place dans cette nouvelle vie, ce nouveau pays. À son rythme.

“C’est très important, une maman avec ses enfants. Je suis très contente et je dis aux parents qui sont dans la même situation de ne pas baisser les bras. Oui, les rêves ça se réalise, le mien s’est réalisé aujourd’hui”, témoignait Solange à l’aéroport, en serrant ses deux enfants contre elle.

Parce que les familles sont faites pour être ensemble.