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Huit ans après le début du conflit, le dilemme du retour pour les réfugiés syriens

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Huit ans après le début du conflit, le dilemme du retour pour les réfugiés syriens

Abdulhay a huit ans, comme la guerre en Syrie. Sa famille fait partie des millions de réfugiés qui se posent des questions quant à leur avenir.
09 Mars 2019 Egalement disponible ici :

Abdulhay (8 ans) repense à son père. Ils sont assis dans son taxi jaune, qui traverse leur ancien quartier en Syrie. Assis sur le siège passager, Abdulhay regarde son père et lui sourit. Ce dernier le regarde à son tour et lui rend son sourire.


C’est un souvenir fugace, mais Abdulhay s’y accroche comme on tient à un trésor, car c’est le seul souvenir qui lui reste.

« Mon père a été abattu – comme mon oncle, mon cousin et mon voisin – et notre maison a été détruite », dit Abdulhay, qui vit à présent dans une installation informelle de réfugiés, ici, au nord du Liban. « J’ai peur de rentrer parce que la guerre, c’est des tirs tout le temps. »

Aujourd'hui, Abdulhay et sa famille ont rencontré le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, qui est pendant cinq jours en visite en Syrie et au Liban, afin d’encore mieux cerner les besoins urgents et indispensables pour les personnes déracinées par le conflit. Huit années se sont écoulées et, ici, les réfugiés envisagent de plus en plus de rentrer chez eux. Ils se demandent quand ils pourront le faire, mais beaucoup ont des craintes qui freinent leur souhait.

« Faire le choix de rentrer est une décision qui appartient à la population », a expliqué Filippo Grandi à des journalistes, lors d’une conférence de presse organisée à Beyrouth. « Ceux qui rentrent, ceux qui prennent cette décision, doivent être aidés. Il faut non seulement les aider à rentrer, mais aussi les aider à refaire leur vie. »

Abdulhay fait ses devoirs dans l'abri de sa famille. Il est aidé par sa soeur Shahed, 12 ans, et leur mère, Rana, 37 ans. Les enfants fréquentent l'école l'après-midi, du fait du système de rotation des cours.

Abdulhay et sa famille sont originaires de la Ghouta orientale, une enclave située aux portes de Damas, où des dizaines de milliers de personnes ont été prises au piège durant plusieurs années.

« Nous avions de l'argent, mais il n'y avait rien à acheter dans les magasins », se souvient Rana, sa Maman, âgée de 37 ans. « Parfois, il fallait manger les brins d’herbe au sol. Il fallait aussi creuser le sol pour trouver de l'eau. »

Un jour, son mari a réussi à sortir de la zone pour aller chercher de la nourriture dans une enclave voisine. En cours de route, un tireur l’a abattu et Rana s’est retrouvée seule à élever leurs cinq enfants.

Ils ont réussi à fuir et à rejoindre Damas en 2014. À cette époque, Abdulhay et ses frères et sœurs souffraient de malnutrition. Ils avaient été privés de plusieurs mois d’école. La vie dans la capitale, puis à Homs, a été difficile.

Après plusieurs mois, ils ont fui vers le Liban, pour finalement se retrouver dans cette installation informelle située à proximité de Tripoli, dans le nord du pays. Ils font partie des 28 familles, originaires pour la plupart du gouvernorat de Homs, qui vivent ici dans des abris formés d’une ossature en bois et de bâches en plastique pour les murs, et équipés d’un poêle à bois pour se chauffer.

Aujourd'hui, Abdulhay a joué au foot sous un ciel bleu avec d'autres enfants, dans cet environnement poussiéreux. Mais l'hiver peut être rude. Le HCR s'est efforcé d'améliorer les conditions de logement et a installé des latrines appropriées pour améliorer l'assainissement. Il fournit également une assistance financière en espèces à la plupart des familles installées ici, ainsi qu’un soutien juridique et psychosocial.

La perspective d'un retour en Syrie est une question qui préoccupe la famille. « C’est la chose qui nous tient le plus à cœur », dit Rana au Haut Commissaire. « Mais je suis inquiète pour mes enfants. Si nous allons en Syrie, mon fils [Jassem, âgé de 17 ans] sera appelé à faire son service militaire. »

Wafaa (deuxième à gauche) et sa famille posent chez eux pour une photo avec le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés Filippo Grandi à Zouq Bhannine, au nord du Liban.

Dans la ville voisine de Zouk Bhannine, Filippo Grandi a rendu visite à une autre famille qui se pose les mêmes questions à l’idée de rentrer. « Chacun de nous aimerait rentrer aujourd'hui, voire maintenant », souligne Wafaa, âgée de 45 ans, qui vit dans un bâtiment inachevé avec cinq enfants, trois belles-filles et deux petits-enfants. « Mais nous avons besoin de paix et de sécurité. »                            

Wafaa a expliqué que sa fille et sa sœur étaient récemment rentrées à Talbiseh, la ville du Gouvernorat de Homs que la famille a fui en 2014. Elle les appelle souvent, mais la connexion est mauvaise.

« Je ressens la douleur [de la séparation] dans sa voix. Nous pleurons au téléphone, sans dire un mot. »

« J’entends à la voix de ma fille que la situation est difficile là-bas aussi », a-t-elle expliqué. « Je ressens la douleur [de la séparation] dans sa voix. Nous pleurons au téléphone, sans dire un mot. »

Le mari de Wafaa a disparu durant son périple vers le Liban en 2013, où il espérait rejoindre deux de leurs fils. Ils n’ont plus jamais eu de nouvelles de lui et des autres personnes qui l’accompagnaient dans la voiture. Wafaa a ensuite été déplacée en Syrie, pendant 18 mois, avant de fuir vers le Liban avec ses autres enfants.

« Quand je suis arrivée ici, j'ai pu réaliser ce que je voulais, c’est-à-dire réunir tous mes enfants », a-t-elle ajouté. Elle espère qu’un éventuel retour ne compromettra ni la sécurité, ni l’unité de la famille.

Talal, 25 ans, et son fils Ahmed, 3 ans, regardent leurs oiseaux de compagnie devant la maison inachevée où ils vivent à Zouk Bhannine, au nord du Liban.

Faut-il rentrer et quand ? Des millions de réfugiés syriens dans la région sont confrontés à ces questions. La sécurité et la sûreté sont des éléments essentiels, mais pas les principaux. Pour beaucoup, les réponses à ces questions dépendent aussi de préoccupations liées au logement ou posent encore d’autres questions d’ordre juridique - en l’absence de documents d’identité ou de titres de propriété, par exemple - ou des questions liées aux moyens de subsistance, à l'accès aux soins médicaux et aux écoles.

En attendant, le jeune Abdulhay a d’autres préoccupations en tête. Il voit les autres enfants avec leur père et le sien lui manque - un homme dont il se souvient à peine.

« Il pose souvent des questions au sujet du taxi jaune de son père et demande s’il pourra l’avoir quand il sera grand », explique Rana. « Je lui réponds : il est à toi, Abdulhay. Il t’attend. »