Les réfugiés afghans de retour au pays après des années d'exil sont confrontés à des choix difficiles

Ceci est un résumé des déclarations du porte-parole du HCR Ariane Rummery – à qui toute citation peut être attribuée – lors de la conférence de presse du 03 février 2017 au Palais des Nations à Genève.

Mohammed-Jan, 51 ans - avec son fils et sa fille - se tiennent devant leur maison à Pajhman. Ils sont rentrés récemment à Kaboul, la capitale afghane, après avoir vécu dans un camp de réfugiés au Pakistan.   © HCR/Sebastian Rich

L'année 2016 a été marquée par une forte hausse du nombre de réfugiés afghans qui rentrent chez eux depuis le Pakistan où ils ont été accueillis en très grand nombre depuis quatre décennies. Plus de 370 000 réfugiés afghans enregistrés ont quitté le Pakistan en 2016, un chiffre record sur les 12 dernières années à contraster avec à peine plus de 58 000 rapatriés l'année précédente. Environ 1,3 million de réfugiés enregistrés vit encore au Pakistan.

Le HCR vient d'achever une analyse des données de suivi des rapatriés afin de mieux comprendre les antécédents et la situation actuelle des réfugiés qui retournent en Afghanistan. L'étude repose sur des entretiens individuels avec 4285 personnes à leur point d'arrivée ainsi que sur des entretiens téléphoniques avec environ 1300 rapatriés. Un échantillonnage aléatoire a été réalisé sur la population de réfugiés rapatriés depuis trois mois.

Les données mettent en évidence des facteurs multiples qui ont présidé à leur décision de rentrer au pays. Ce sont entre autres les difficultés économiques, le harcèlement et la crainte d'être arrêté au Pakistan et expulsé. Des différences notables caractérisent le premier et le second semestre de 2016. Durant les six premiers mois, 73 pour cent des rapatriés citent la situation économique difficile comme motif essentiel de leur retour, alors qu'ils ne sont plus que 41 pour cent à évoquer ces difficultés en novembre. Au second semestre de l'année, les facteurs liés aux pressions exercées par les autorités, notamment dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, de même que les craintes d'arrestation et d’expulsion prédominent dans les décisions de rentrer dans leur pays d'origine. Ainsi, seulement 8 pour cent des réfugiés font état de la peur d'être arrêté et expulsé au premier semestre de 2016, contre 37 pour cent d'entre eux en novembre. Au nombre des facteurs qui ont influencé leur décision, les réfugiés mentionnent aussi leur sentiment que la sécurité s'est améliorée dans certaines régions d'Afghanistan, une moindre crainte des persécutions, la promesse des autorités d'offrir des terres et des logements aux rapatriés, le programme d'aide du HCR et le désir d'être réunis avec les leurs.

L'augmentation des retours a débuté en milieu de l'année pour culminer en octobre 2016, dans un contexte d’aggravation de la situation des Afghans au Pakistan vers la fin de l'été. Plusieurs autres facteurs ont été mis en évidence lors de nos entretiens avec des Afghans avant leur départ pour leur pays d’origine, notamment : 

  • l'introduction de contrôles officiels au poste-frontière de Torkham, Afghans et Pakistanais étant désormais tenus d'avoir des passeports et des visas pour entrer dans l'autre pays, ce qui a séparé les familles et porté préjudice aux affaires entre les deux États ; 
  • une anxiété croissante chez les Afghans enregistrés quant à la validité des cartes de « preuve d'enregistrement, » leur renouvellement et la possibilité de continuer à séjourner au Pakistan ; 
  • l'application rigoureuse du Plan national de lutte contre le terrorisme du Pakistan, qui pèse sur les ressortissants pakistanais autant qu'afghans. Comme les Afghans constituent le premier groupe de nationaux sans papiers d’identité dans le pays, ces opérations de sécurité ont eu un impact direct sur nombre d’entre eux ;
  • la campagne Khpal Watan, Gul Watan (patrie, patrie chérie) lancée par le Gouvernement afghan au Pakistan pour inciter les Afghans à rentrer chez eux.

Les réfugiés afghans ont dû faire des choix difficiles, rester ou partir, selon les solutions qui s'offraient à eux et ont subi le contrecoup de la réorientation des politiques régionales et de la dynamique de la sécurité. Tout au long de 2016, les équipes du HCR au Pakistan ont informé les Afghans de leurs droits, sont intervenues dans des cas d'arrestation et de détention illicites et ont travaillé en étroite collaboration avec les autorités de tous niveaux sur les cas de harcèlement qui leur étaient rapportés. Avec nos partenaires, nous sommes intervenus dans 5895 cas d'arrestation et de détention d'Afghans qui nous avaient été signalés et avons pu les faire libérer dans la plupart des cas. Le nombre d'arrestations connues a régressé de 1691, au pic atteint en août 2016, à 216 en décembre 2016. Le HCR poursuit ses démarches auprès des autorités pakistanaises afin de proroger la validité des cartes d'enregistrement des réfugiés afghans au-delà de 2017.

Le HCR n'est pas favorable au retour des réfugiés en Afghanistan du fait de la persistance du conflit dans différentes zones du pays et de sa capacité d'absorption limitée. En revanche, notre mandat nous impose clairement de venir en aide à ceux qui font le choix de rentrer dans leur pays. Notre enquête de suivi a révélé que l’allocation en espèces de 400 dollars dure généralement de deux à trois mois et aide les gens à faire face aux premiers besoins rencontrés à leur réinstallation en Afghanistan. En grande majorité (75 pour cent), ils utilisent cet argent pour satisfaire leurs besoins humanitaires essentiels : nourriture, logement et transport. Quinze pour cent ont pu investir dans des affaires ou des moyens de subsistance viables, tandis que 11 pour cent disent pouvoir construire une maison durable.

Sur les personnes interrogées par téléphone trois mois après leur retour en Afghanistan, 52 pour cent disent avoir pu retourner dans leur province d'origine. Les 48 pour cent restants ont choisi une autre province faute d'avoir trouvé un logement, des terres, du travail ou encore en raison de l'insécurité dans leur lieu d'origine. Malgré ces défis, 93 pour cent des personnes interrogées disent avoir été chaleureusement reçues dans leur communauté et, trois mois après leur rapatriement, 75 pour cent sont convaincus d'avoir fait le bon choix en revenant au pays.

Le HCR est préoccupé par l'ampleur des retours intervenus en 2016 qui dépassent de loin la capacité de l'Afghanistan à accompagner ses ressortissants dans leur réinsertion après des années, voire le plus souvent des décennies d'exil au Pakistan. Nombre de ces réfugiés sont voués à un avenir incertain une fois de retour dans leur pays. Ils doivent reconstruire leur existence dans un contexte caractérisé par une augmentation des déplacements internes, une insécurité croissante et une résurgence de violence sans pareille depuis la chute des talibans en 2002.

Le HCR appelle le Gouvernement afghan et la communauté internationale à redoubler d'efforts pour créer des conditions propices à des rapatriements durables. Nous notons qu’à leur réunion d’octobre 2015 à Bruxelles, les donateurs se sont engagés à allouer 15,2 milliards de dollars à l'Afghanistan. Ces engagements doivent être concrétisés d'urgence en programmes publics qui profiteront à tous les Afghans, y compris les réfugiés de retour dans le pays, les rapatriés sans papiers et les déplacés internes.


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