Le conflit en Ukraine a déraciné des centaines de milliers de personnes

Les combats ont déplacé quelque 514 000 personnes en Ukraine. Des centaines de milliers d'autres ont fui vers la Russie et des pays voisins.

Une femme reçoit des articles d'aide dans un centre de distribution à Nikolayevka, dans l'est de l'Ukraine.  © HCR/E.Ziyatdinova

GENEVE, 5 décembre (HCR) - Le HCR a déclaré vendredi que les combats dans l'est de l'Ukraine ont déjà forcé cette année plus d'un demi-million de personnes à fuir leurs maisons et à trouver refuge ailleurs dans le pays, tandis que des centaines de milliers d'autres ont fui vers la Russie et des pays voisins.

Le porte-parole du HCR William Spindler a cité des statistiques collectées par les Services ukrainiens d'aide d'urgence. Il a déclaré que quelque 514 000 personnes étaient déplacées par le conflit à début décembre. Des Ukrainiens ont également demandé la protection internationale dans d'autres pays, avec quelque 233 000 demandes du statut de réfugié ou d'asile temporaire en Fédération de Russie, selon le Service fédéral russe de la migration.

« Les demandes d'asile déposées par des citoyens ukrainiens ont également augmenté dans l'Union européenne [UE] cette année », a indiqué William Spindler aux journalistes à Genève. A la fin du mois d'octobre, 8 936 Ukrainiens avaient demandé une protection internationale dans l'UE, soit un décuplement des 885 demandes d'asile pour l'ensemble de l'année 2013. Le pays de l'UE ayant déjà reçu le plus grand nombre de demandeurs d'asile ukrainiens cette année sont la Pologne (1 826), suivie par l'Allemagne (1 622), la France (1 076) et la Suède (840).

« Le nombre d'Ukrainiens ayant fui à l'étranger pourrait être considérablement plus élevé que le nombre de demandeurs d'asile. Cependant, de nombreux Ukrainiens préfèrent déposer une demande pour d'autres formes de séjour légal comme des permis temporaires ou permanents dans d'autres pays », a ajouté William Spindler.

Cette année, plus de 317 000 Ukrainiens ont déjà déposé une demande pour ce type de permis en Russie (222 000), en Biélorussie (60 000), en Pologne (23 000) et dans d'autres pays voisins. Cependant, il reste à définir si toutes ces personnes ont quitté l'Ukraine à cause du conflit ou pour d'autres raisons.

En Ukraine, la plupart des personnes déplacées internes ont trouvé abri dans des régions à proximité du conflit, y compris à l'est du pays dans la ville de Kharkiv (118 000), dans des territoires contrôlés par le gouvernement à Donetsk et Louhansk ainsi que dans les régions de Zaporizhzhia et de Dnipropetrovsk. La plupart des personnes déplacées sont des femmes, des enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées.

William Spindler du HCR a par ailleurs noté que le Gouvernement ukrainien avait adopté le mois dernier une résolution prévoyant le transfert des institutions d'Etat et du paiement des prestations sociales depuis des régions qui ne sont actuellement pas sous contrôle du gouvernement vers des zones contrôlées par l'Etat ukrainien.

« Le HCR craint que cette disposition ait des effets négatifs imprévus comme l'augmentation des déplacements internes, car les habitants sont obligés de se déplacer depuis des zones non contrôlées par le Gouvernement ukrainien afin de percevoir leurs pensions et les allocations d'aide sociale, tout en causant de graves difficultés pour les personnes qui ne peuvent ou ne veulent quitter leurs maisons », a-t-il déclaré.

« Bien que le HCR n'ait pas d'informations de première main sur les conditions de vie prévalant dans les zones non contrôlées par le gouvernement, il existe de fortes indications selon lesquelles la population civile dans ces régions est confrontée à des difficultés considérables. Nous sommes vivement préoccupés par la crise humanitaire qui s'aggrave dans ces régions », a-t-il ajouté.

Avec le début de l'hiver, le HCR continue de travailler à améliorer les conditions de vie des personnes déplacées parmi les plus vulnérables. Dans le cadre de projets pilotes dans les régions de Kiev, Lviv et de Vinnitsa, le HCR étend ses programmes d'allocations ponctuelles en espèces pour les familles déplacées vulnérables dans 11 autres régions.

Environ 30 000 à 40 000 personnes déplacées sont actuellement hébergées dans des centres collectifs, y compris certains parmi les individus et les familles les plus vulnérables. La réhabilitation des centres collectifs dans les régions de Kharkiv, Lougansk, Donetsk, Dnipropetrovsk et Zaporizhzhia est en cours.

Les besoins sont très importants près des zones de conflit. Le HCR et son partenaire, People in Need, s'apprêtent à réparer et à équiper pour l'hiver 12 autres centres collectifs dans les régions de Donetsk et Kharkiv au nord du pays. Cela porte à 47 le nombre total de locaux qui en sont actuellement à différentes étapes de rénovation. Parallèlement, la distribution de bâches en plastique a commencé à Luhansk et à Donetsk dans le sud pour venir en aide à quelque 5 500 personnes dans les réparations d'urgence pour les logements.

En Russie, le HCR a entrepris des missions de surveillance à la fin octobre à Vladivostok et Khabarovsk dans l'Extrême-Orient russe, et à Irkoutsk, en Sibérie orientale, pour contrôler les conditions d'accueil et d'autres alternatives pour l'intégration des Ukrainiens arrivés dans ces régions.

La majorité des réfugiés et des personnes ayant un statut temporaire d'asile arrivent via le système de transfert centralisé. Ils vivent la plupart du temps dans des centres d'hébergement temporaires (TAC) qui ont été mis en place dans les dortoirs de collèges et d'universités, des camps de vacances pour les enfants et des sanatoriums.

« Les TAC que les équipes du HCR ont visités sont bien équipés pour les conditions hivernales. Ils sont également dotés d'installations médicales et d'équipements pour l'éducation. Par ailleurs, le HCR a reçu des informations selon lesquelles les conditions d'accueil d'autres réfugiés sont moins satisfaisantes. Des réfugiés ukrainiens font également état de restrictions dans leurs déplacements vers d'autres villes. Le HCR plaide pour l'intégration des réfugiés ou une assistance au retour sur une base volontaire à chaque fois qu'ils veulent rentrer », a déclaré William Spindler.