Ouverture des Jeux de Tokyo : Les athlètes réfugiés au cœur de l'attention mondiale

Les athlètes réfugiés défilent sous la bannière olympique à la cérémonie d'ouverture des Jeux, célébrant le pouvoir transformateur du sport avec un message d'espoir pour les 82 millions de personnes déracinées à travers le monde.

Deux porte-drapeaux, Yusra Mardini et Tachlowini Gabriyesos, à la tête de l'équipe olympique des réfugiés lors de la parade des athlètes à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Tokyo 2020.
© REUTERS/Kai Pfaffenbach

L’un est un marathonien qui s'est enfui dans l'enfance et a traversé le désert à pied. L'autre, une nageuse qui a fui le conflit, a sauté à l'eau lorsque le moteur de leur embarcation est tombé en panne, contribuant ainsi à mener tous les passagers vers la sécurité.


Les 29 membres de l'équipe olympique de réfugiés ont tous traversé des épreuves après avoir fui leurs pays en proie au conflit ou à la persécution pour ensuite connaître des difficultés d’adaptation à la culture de leur patrie d'adoption. Surmontant aujourd'hui toutes les épreuves du passé, les membres de l'équipe ont fait une entrée spectaculaire à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Tokyo 2020 qui ont été retardés d'un an du fait de la pandémie mondiale.

Saluant les caméras, les membres de l'équipe – originaires de 11 pays dont la Syrie, le Soudan du Sud, l'Iran et l'Afghanistan – sont entrés dans le stade en deuxième position, derrière la Grèce qui mène traditionnellement la parade des nations.

Ils étaient conduits par deux porte-drapeaux, la nageuse Yusra Mardini, originaire de Syrie, et le marathonien Tachlowini Gabriyesos qui a fui l'Érythrée. Ils brandissaient la bannière blanche aux cinq anneaux olympiques, symbolisant les cinq continents, sous laquelle l’équipe va concourir. Pour la première fois dans l'histoire olympique, chaque équipe était dirigée par deux athlètes, homme et femme.

Après la parade autour du stade et le salut aux caméras, les athlètes réfugiés ont été accueillis par Thomas Bach, Président du Comité international olympique (CIO) dans son allocution d'ouverture.

« Chers athlètes réfugiés, par votre talent et votre esprit humain, vous incarnez l'enrichissement que constituent les réfugiés pour la société », a-t-il déclaré. « Vous avez dû fuir vos pays en raison de la violence, de la faim ou simplement de votre différence. Nous vous accueillons aujourd'hui à bras ouverts et vous offrons un foyer paisible. Bienvenue dans notre communauté olympique. »

Aux Jeux de Rio de Janeiro il y a cinq ans, la première équipe olympique d'athlètes réfugiés comptait 10 athlètes originaires de quatre pays. Elle avait été constituée par le CIO en partenariat avec le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, pour mettre en évidence le sort des réfugiés et envoyer un message d'espoir aux réfugiés et au monde entier.

« C'est pour nous une source d'espoir que le monde nous reconnaisse en tant qu'êtres humains », a indiqué James Nyang Chiengjiek qui va concourir dans le 800 mètres et faisait déjà partie de l'équipe à Rio. « Le sport nous a ouvert des portes et maintenant, on peut constater le talent d’un si grand nombre de réfugiés. »

James Nyang Chiengjiek a fui le Soudan du Sud durant l'enfance pour échapper au recrutement forcé comme enfant soldat et a tracé son chemin tout seul, sans ses parents, jusqu'au tentaculaire camp de réfugiés de Kakuma, dans le nord du Kenya, où son talent pour la course à pied a été découvert.

L'arrivée des athlètes est généralement accueillie par les acclamations de la foule, mais les mesures de lutte contre la pandémie de Covid-19 ont interdit la participation de spectateurs et le stade était cette année étrangement silencieux, la cérémonie réduite à un événement télévisuel suivi par des millions de personnes à travers le monde.

Le voyage – une vidéo du HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, produite en partenariat avec le CIO et l'IPC  (HCR/CIO/IPC)

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés Filippo Grandi, qui est présent à Tokyo cette semaine pour soutenir l'équipe, a indiqué avoir ressenti une immense fierté pour lui-même et le HCR tout entier à l'entrée de l'équipe olympique de réfugiés dans le stade olympique de Tokyo.

« Voir ces athlètes réfugiés honorés et applaudis sur la scène olympique était un moment exceptionnel, symbolisant les plus de 82 millions de personnes déracinées de la planète, ainsi qu'un rappel au monde entier que les réfugiés peuvent contribuer puissamment à la société s'ils ont la possibilité de concrétiser leurs rêves et de vivre leurs passions. »

Le HCR travaille en étroite collaboration avec le CIO depuis 1994 pour permettre aux jeunes déracinés d'avoir accès au sport. Depuis cette date, les déplacements forcés dans le monde n'ont fait qu'augmenter régulièrement au point que l'on compte aujourd'hui plus de 82 millions de personnes déracinées à travers le monde.

Pendant la période préparatoire des Jeux de Tokyo, le CIO a soutenu 56 athlètes réfugiés prometteurs qui ont bénéficié de bourses pour s'entraîner en vue d'une qualification. Les 29 athlètes de l'équipe finale devaient satisfaire plusieurs critères, dont bénéficier du statut de réfugié confirmé par le HCR et d'un niveau de performance élevé dans leur discipline, attesté par le CIO.

Par pays d'origine, les plus nombreux — neuf athlètes — sont originaires de Syrie, un pays ravagé par le conflit depuis 2011. Cinq autres athlètes vivaient auparavant en Iran, quatre au Soudan du Sud et trois en Afghanistan. Les autres athlètes sont originaires de l'Érythrée, de l'Irak, du Congo, de la République démocratique du Congo, du Cameroun, du Soudan et du Venezuela.

« Abandonner, ça ne me ressemble pas. »

Tachlowini Gabriyesos, 23 ans, a fui les combats en Érythrée à l'âge de 12 ans pour un périple épique vers le nord à travers le Soudan et l'Égypte, dont une traversée partielle du désert à pied, pour rejoindre l'Israël où il a demandé le statut de réfugié. Il vit et s'entraîne aujourd'hui à Tel-Aviv où il court dans un club local.

Au début, Tachlowini Gabriyesos courait sur des distances plus courtes — 3000, 5000, 10 000 mètres et semi-marathon — avant de tenter le marathon. En mars, il a couru son deuxième marathon officiel, finissant en un temps rapide de 2 heures 10 minutes 55 secondes mais néanmoins inférieur au temps requis pour la qualification olympique. « Abandonner, ça ne me ressemble pas », avait-il déclaré lors d'une interview avant les Jeux.

Tokyo marque également la deuxième participation aux Jeux olympiques de la nageuse Yusra Mardini, 23 ans, qui va concourir dans le 100 mètres papillon. Originaire de Damas, Yusra représentait la Syrie dans des rencontres internationales de natation. Face à l’aggravation du conflit dans son pays, elle est partie avec sa sœur en 2015 pour tenter de rejoindre l'Europe.

« Le sport m'a sauvé la vie. »

Depuis la Turquie, Yusra a embarqué sur un petit bateau pour rejoindre une île grecque, après une traversée de 10 kilomètres qui aurait dû prendre 45 minutes. Quand le moteur de leur canot pneumatique – qui transportait 20 personnes au lieu des six à sept passagers réglementaires – a lâché, elle et sa sœur comptaient parmi ceux qui ont sauté à l'eau pour alléger la charge et mener le bateau à terre.

Voyageant à pied et en bus, Yusra Mardini a fini par arriver à Berlin où elle vit aujourd'hui. Comme les autres athlètes, elle dit que le sport a donné à sa vie le sens et l'orientation nécessaires pendant sa période d'adaptation. « Si je raconte mon histoire, c'est parce que je veux que les gens comprennent que le sport m'a sauvé la vie », dit-elle.

Aujourd'hui Ambassadrice de bonne volonté du HCR, l'un de ses principaux messages est que les réfugiés sont des gens normaux qui ont été forcés de fuir leurs foyers en raison de circonstances indépendantes de leur volonté.

« Je pense que c'est une excellente occasion pour représenter les millions (de réfugiés) dans le monde et montrer que ce sont des gens normaux qui ont eux aussi des rêves pour l’avenir », déclare Yusra. « Je souhaite également rappeler à tous qu'il y a encore des réfugiés dans les camps et qu'ils ont vraiment besoin de notre aide. »