A Athènes, trois auteurs d'agressions sur des étrangers sont traduits en justice

Après une vague d'attaques racistes, des charges sont retenues – un fait rarissime - contre les auteurs présumés d'une agression au couteau sur un demandeur d'asile afghan.

Ce demandeur d'asile afghan de 24 ans est au coeur d'un procès à Athènes. Il avait dû être hospitalisé après avoir été poignardé à la poitrine.   © HCR/K.Kahayioylou

ATHÈNES, Grèce, 27 septembre (HCR) - Trois personnes sont traduites en justice à Athènes pour un procès - un fait rarissime - contre la violence xénophobe qui s'est ouvert mardi, dans le cadre d'une série d'attaques violentes contre des migrants afghans, pakistanais et africains dans la capitale grecque.

Les accusés sont une femme de 44 ans et deux hommes âgés de 31 et 47 ans. Le procès a été ajourné au 12 décembre. Les auteurs présumés auraient mené des agressions collectives et ils auraient blessé au couteau un demandeur d'asile afghan de 24 ans, le 16 septembre dernier. Chaque inculpation peut donner lieu à une condamnation à une peine de prison allant de trois à cinq ans. C'est le premier procès de cette nature depuis 1999, lorsqu'un Grec avait été condamné à une double peine de prison à perpétuité pour le meurtre par balles de neuf migrants.

« C'est bien que ces personnes ait été traduites en justice », a indiqué Giorgos Tsarbopoulos, chef du bureau du HCR en Grèce. « Cela encouragera d'autres victimes étrangères à se rendre à la police car beaucoup ressentent qu'elles seront de nouveau agressées et elles n'ont pas confiance en la justice. »

Des attaques sur les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile sont survenues presque chaque jour en août et en septembre dans les quartiers de Agios Panteleimonas et Plateia Attikis à Athènes, où vivent de nombreux étrangers.

« Les agressions sont chaque jour plus violentes et plus nombreuses », a écrit Yonous Muhammadi, président de la communauté afghane en Grèce, dans une lettre au Premier Ministre George Papandreou. Yonous Muhammadi a cependant souligné qu'il ne considérait pas ces attaques comme relevant « de la démocratie et de l'hospitalité grecques. »

En début de mois, alors que le Ministre grec de la protection des citoyens Christos Papoutsis recevait le Ministre afghan pour les réfugiés et le rapatriement, Jamaher Anwary, trois demandeurs d'asile afghans étaient agressés devant leur domicile. L'un d'entre eux, Aziz*, a été poignardé à la poitrine.

Aziz a expliqué avoir été approché par environ 15 hommes et une femme, qui criaient : « D'où es-tu ? Rentre dans ton pays immédiatement ! Dégage ! Va au diable ! Ta présence n'est pas désirée ici.» Il parlait depuis son lit d'hôpital la semaine dernière où il était soigné pour ses blessures.

« Il a failli être touché en plein coeur », a indiqué Ahat, un ami afghan, qui se rend au chevet du malade en relais avec d'autres collègues grecs de la société où travaillait Aziz depuis six mois.

Certains disent que la crise économique en Grèce alimente les attaques racistes contre des étrangers. « C'est un défi d'envergure que de combattre la violence raciste dans un contexte de crise économique et sociale », a indiqué au HCR Kostis Papaioannou, président de Comité national pour les droits humains. Il a ajouté que la plupart des crimes de nature raciale ne font même pas l'objet d'enquêtes policières ou qu'ils ne sont pas enregistrés en tant que tels.

« En ces temps d'instabilité économique et sociale, il est facile de trouver des boucs émissaires », a indiqué Giorgos Tsarbopoulos, chef du bureau du HCR en Grèce. « L'Etat et la société grecs devraient adopter une politique de tolérance zéro envers les violences à caractère raciste. »

Par Ketty Kehayioylou
A Athènes

* Nom fictif pour des raisons de protection