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Face à la reprise des violences au Soudan, de nouveaux réfugiés arrivent à Tiné, au Tchad

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Face à la reprise des violences au Soudan, de nouveaux réfugiés arrivent à Tiné, au Tchad

27 Octobre 2026
Chad. New influx of Sudanese refugees in Tiné

Alors que de nombreuses familles arrivent à pied ou à dos d’âne, d’autres rejoignent le centre de transit de Tiné à bord de véhicules de transport commercial.

Assise à l’ombre d’un arbre à proximité du centre de transit de Tiné, ville tchadienne située à la frontière avec le Soudan, Fatimé Djouma Mahamat War peine à retenir ses larmes. Autour d’elle, des abris de fortune se sont multipliés ces dernières semaines faute de places suffisantes pour accueillir tous les nouveaux réfugiés au centre de transit. À 52 ans, cette mère de dix enfants porte sur son visage les stigmates de plus de vingt années de déplacements, de séparations et de pertes.

« Les puits tarissent au Soudan, il n’y a pas de pluies, les bétails n’ont rien à brouter. Pendant ce temps, la guerre continue et l’insécurité règne. J’ai décidé de partir là où je pourrais vivre en paix », confie-t-elle d’une voix brisée.

Après avoir fui la ville d’El-Fasher en 2003, Fatimé a passé plus de vingt ans dans le camp de déplacés internes de Zamzam, dans la région du Darfour au Soudan. En avril 2025, l’attaque du camp par des groupes armés l’a contrainte à fuir une nouvelle fois, cette fois vers Umbru. Mais l’insécurité persistante et le manque de pluie l’ont poussée à poursuivre son exil jusqu’au Tchad.

« Depuis 2003, je n’ai cessé de fuir à cause de la guerre. Je n’ai plus de vie de famille. Tous mes enfants ont été dispersés à la suite de l’attaque du camp de Zamzam. Je n’ai pas de nouvelles de certains d’entre eux et je ne sais même pas s’ils sont encore en vie », confie-t-elle avec douleur. Arrivée au Tchad à la fin du mois de septembre, au terme d’un périple éprouvant, Fatimé n’était accompagnée que de sa fille. Toutes deux n’ont emporté que quelques effets de couchage pour se protéger des intempéries. Entre Umbru au Soudan jusqu’à Tiné au Tchad, elles ont parcouru une partie du trajet à dos d’âne pendant une journée entière.

« Mes 12 chameaux, 5 bœufs et 45 moutons m’ont été arrachés de force par des hommes armés, et mon seul âne m’a été confisqué à la frontière », raconte-t-elle. Ces vols représentent une perte de tout ce qu’elle avait réussi à reconstruire au cours de deux décennies.

Une crise qui continue de déraciner les familles

Chaque jour, des familles fuyant le conflit au Darfour continuent de franchir la frontière tchadienne en quête de sécurité. Déclenchée en avril 2023, la guerre au Soudan a provoqué l’une des plus graves crises humanitaires au monde. Elle a entrainé le déplacement de plus de 11,6 millions de personnes, dont près d’un million ont trouvé refuge au Tchad. Du 5 au 11 octobre, le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et le Gouvernement tchadien ont recensé en moyenne 532 nouveaux arrivants par jour dans l’est du pays, contre environ 170 en juillet. À Tiné, environs 460 personnes arrivent quotidiennement, accentuant la pression sur un centre de transit déjà saturé. A la fin du mois de septembre, les arrivées ont même dépassé les 1,100 personnes en une seule journée.

Chad. New influx of Sudanese refugees in Tiné

Fatimé, sa fille et d’autres nouveaux arrivants lors de la pose des bracelets.

Les récits de réfugiés se ressemblent dramatiquement : des attaques menées par des groupes armés non-identifiés, des agressions physiques, des enlèvements, des violences basées sur le genre, notamment des viols. Le bétail, principale source de subsistance de nombreux ménages ruraux, est régulièrement pillé, privant les familles de leurs moyens de survie. À ces menaces s’ajoutent le déficit de précipitations observé depuis début juin 2026, qui aggrave encore la vulnérabilité des populations. Après plusieurs jours de marche ou de déplacement à dos d’âne, sous un soleil accablant, les familles atteignent la frontière tchadienne épuisées, parfois traumatisées par les violences subies ou vécues en chemin.

« La plupart des personnes qui arrivent aujourd’hui ont perdu leurs biens et leurs moyens de subsistance. Beaucoup ont également été séparées de leurs proches. Leur priorité reste la sécurité. Malheureusement, les capacités d’accueil du centre de transit ne permettent plus de répondre aux besoins de tous les nouveaux arrivants. », explique Koulanodji Djimadoum, Associé à la protection au bureau de HCR à Iriba, mobilisé quotidiennement sur le site de transit à Tiné.

« Ce centre a été construit pour accueillir 1000 personnes mais il en héberge aujourd’hui plus de 3 000. Les abris communautaires ne peuvent accueillir qu’une partie des nouveaux arrivants ; les autres dorment à la belle étoile ou dans des abris de fortune. Le seul point d’eau ne suffit plus à couvrir les besoins, et l’accès aux soins de santé demeure très limité en raison du manque d'infrastructures adaptées », précise-t-il.

À Tiné, le HCR, ses partenaires et les autorités tchadiennes s’emploient à enregistrer les nouveaux arrivants et à organiser leur transfert vers le site aménagé de Maïba, situe à environ 45 kilomètres de Tiné, afin de désengorger le centre de transit. Pourtant les capacités d’accueil de Maïba sont elles aussi fortement sollicitées. Le site héberge déjà plus de 18 000 réfugiés et nécessite environ 2 700 abris d’urgences supplémentaires pour répondre aux besoins. L’approvisionnement en eau demeure également insuffisant : moins de 6 litres par personne et par jour sont disponibles, soit bien en deçà du standard minimum d’urgence de 15 litres par personne et par jour.

« Le HCR, en collaboration avec ses partenaires et les autorités tchadiennes, poursuit ses efforts pour fournir une assistance vitale aux nouveaux arrivants. Toutefois, l'ampleur des besoins dépasse les ressources actuellement disponibles. » souligne Algassimou Bah, chef de bureau HCR à Iriba. « Un soutien accru de la communauté internationale est indispensable pour renforcer la réponse humanitaire, sauver des vies et garantir des conditions d'accueil dignes et sûres aux familles qui cherchent refuge et protection au Tchad. »

Quelques jours après leur arrivée à Tiné, Fatimé et sa fille ont été transférées sur le site aménagé de Maïba, où elles ont reçu un abri d’urgence pour s’installer et commencer à reconstruire leur vie. La perte la plus douloureuse pour elles reste toutefois la séparation familiale. Après plus d’un an sans nouvelles, son mari a finalement réussi à la joindre par téléphone, lui apportant un peu de réconfort. Ce contact ne dissipe cependant pas son inquiétude pour ses neuf autres enfants, dont elle reste sans nouvelles. Mais malgré les épreuves et l’incertitude, Fatimé garde l’espoir de retrouver un jour ses enfants et de réunir sa famille.