En Ituri, Maman Novi aide les familles déplacées à se protéger contre Ebola
En Ituri, Maman Novi aide les familles déplacées à se protéger contre Ebola
Maman Novi, 67 ans, déplacée interne et ancienne enseignante (à droite), et Mama Nabintu, 55 ans, déplacée interne et volontaire communautaire (à gauche), rendent visite à Sara, 31 ans, mère de deux enfants (au centre), dans son abri sur le site de déplacés de Kigonze, dans le cadre d’une campagne de sensibilisation porte-à-porte sur Ebola.
Sous le soleil matinal du site de déplacement de Kigonze, à la périphérie de Bunia, dans la province de l’Ituri, Maman Novi, 67 ans, avance prudemment d’un abri à l’autre. Les familles qui vivent ici ont déjà fui la violence. Elles font désormais face à une autre menace : Ebola.
Ancienne enseignante, Maman Novi est devenue l’une des voix les plus écoutées du site. Forte de ses années passées en classe et de sa propre expérience du déplacement, elle échange avec les parents, les jeunes et les personnes âgées sur les modes de transmission d’Ebola, l’importance de signaler rapidement les symptômes et les mesures simples de prévention qui peuvent contribuer à sauver des vies.
Kigonze accueille plus de 20 000 personnes déplacées internes, dont beaucoup vivent dans des conditions de promiscuité, avec un accès limité à l’eau potable, à l’assainissement et aux installations d’hygiène. Dans un tel contexte, les rumeurs et la peur peuvent se propager rapidement, rendant indispensable une information claire, fiable et accessible pour prévenir la maladie et assurer une réponse précoce.
« J’ai été enseignante pendant une grande partie de ma vie. Aujourd’hui encore, je considère qu’il est de ma responsabilité d’expliquer, d’écouter et d’aider les autres à comprendre. Cette fois-ci, ce que nous apprenons peut faire la différence entre la vie et la mort. »
Son engagement est aussi profondément personnel. Dans son bloc, Maman Novi dit avoir vu des familles perdre des proches en très peu de temps, ajoutant une nouvelle couche de douleur à des vies déjà marquées par le conflit et le déplacement.
« Je suis fatiguée d’enterrer mes enfants et mes petits-enfants. J’ai vu trop de familles pleurer en silence. Je ne pouvais plus rester assise sans rien faire face à une maladie que nous pouvons contribuer à prévenir. »
Instaurer la confiance est au cœur de son travail. Certaines familles hésitaient au départ à s’approcher des équipes de santé ou à accepter les messages de prévention, par crainte de la stigmatisation, de la séparation ou de l’inconnu. Selon Maman Novi, les personnes sont davantage disposées à écouter lorsqu’elles se sentent d’abord entendues.
« Je ne commence pas par dire aux gens qu’ils ont tort. Je leur demande ce qu’ils ont entendu et ce qui les inquiète. Ensuite, nous parlons de ce que chacun peut faire pour protéger ses enfants et ses voisins. »
Lors de ses visites, elle rappelle aux familles de se laver régulièrement les mains, d’éviter tout contact non protégé avec une personne malade ou décédée, d’alerter immédiatement les services de santé en cas d’apparition de symptômes et de coopérer avec les équipes de santé formées. Chaque échange est également l’occasion de lutter contre la désinformation et de rassurer les familles sur le fait qu’une prise en charge rapide peut protéger l’ensemble de la communauté.
Maman Novi, 67 ans, déplacée interne et ancienne enseignante, est aujourd’hui volontaire communautaire à Kigonze, où elle sensibilise les familles à la prévention et à la réponse à Ebola.
Le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, travaille avec les autorités sanitaires, les partenaires humanitaires et les organisations communautaires afin de veiller à ce que les personnes déplacées de force soient incluses dans les efforts de prévention, de surveillance et de réponse à Ebola. Cela comprend le renforcement de l’engagement communautaire afin que les personnes vivant dans les sites de déplacement reçoivent des informations opportunes, exactes et accessibles.
Avec l’appui du Fonds central d’intervention pour les urgences humanitaires et du Fonds humanitaire pour la RDC, le HCR renforce les activités de prévention communautaire dans les sites de déplacement, notamment la sensibilisation, le dépistage, la distribution de kits d’hygiène, l’installation de points de lavage des mains et les mécanismes d’alerte précoce. Ces efforts sont essentiels dans des contextes où la promiscuité et l’accès limité aux services peuvent accroître les risques sanitaires et rendre la détection précoce plus difficile.
Les visites quotidiennes de Maman Novi illustrent le rôle essentiel que jouent les communautés dans la prévention de la propagation des maladies et dans l’accès des populations à l’aide dont elles ont besoin. Dans un lieu où beaucoup ont perdu leur maison, leurs moyens de subsistance et des proches, sa présence apporte plus que de l’information. Elle apporte du réconfort, de la dignité et le sentiment que personne n’affronte la maladie seul.
« Nous avons déjà perdu nos maisons et nos moyens de subsistance à cause de la violence. Nous ne devons pas laisser Ebola nous prendre aussi nos familles. Tant que j’aurai la force de marcher et de parler, je continuerai à sensibiliser. »
Alors que les risques sanitaires persistent en Ituri, le HCR appelle à un soutien durable pour aider les communautés déplacées à rester informées, à détecter les cas précocement et à protéger les familles vivant dans les sites de déplacement. Pour Maman Novi, chaque conversation fait partie de cet effort — une occasion de plus de prévenir de nouvelles pertes et d’aider sa communauté à garder espoir.