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Une bibliothèque arabe pour les Syriens amateurs de littérature à Istanbul

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Une bibliothèque arabe pour les Syriens amateurs de littérature à Istanbul

Quand elle est arrivée en Turquie, Nada, une réfugiée syrienne, a eu bien du mal à trouver des livres en arabe, ce qui l'a incitée à ouvrir une bibliothèque pour permettre à d'autres réfugiés de lire sans se ruiner.
23 Mars 2018

Quand Nada, une réfugiée syrienne, est arrivée à Istanbul il y a quatre ans, elle s'est vite rendue compte qu'une chose lui manquait plus que tout autre. « Lorsque je suis arrivée, je n'arrivais pas à trouver des livres en arabe. Je n'en avais amené aucun et c'étais très cher de les faire venir de l'étranger. »


Fidèle à sa nature, la jeune femme qui avait fui le conflit en Syrie avant de s'aventurer seule jusqu'en Turquie a décidé de prendre le problème à bras le corps. Elle est parvenue à réunir ses 200 premiers livres grâce à des dons en provenance de l'étranger et elle a monté sa propre bibliothèque de prêt, initialement pour ses amis.

Avec leurs encouragements, elle a enrichi sa collection et a commencé à prêter des livres en ligne à d'autres réfugiés syriens. « J'ai beaucoup de livres : des romans, des livres de développement personnel, des ouvrages islamiques, de la littérature pour enfants, des livres de psychologie et d'histoire, » dit Nada. En contrepartie d'un petit abonnement annuel, les familles réfugiées sans grands moyens peuvent lire de nouveaux livres toutes les semaines durant l'année entière.

La Turquie accueille actuellement la plus vaste population de réfugiés du monde, notamment plus de 3,5 millions de Syriens qui ont fui leur pays en guerre depuis sept ans. Plus de 90 % des réfugiés vivent à l'extérieur des camps dans les villes, bourgades et villages du pays tout entier, dont environ 500 000 Syriens à Istanbul, la plus grande ville de Turquie.

Nada étudiait la psychologie à l'Université de Homs lorsque le conflit a éclaté. Face à la détérioration de la sécurité, elle a fini par aller chercher refuge en Turquie où elle est arrivée seule, mais déterminée à continuer de réaliser ses rêves.

« La Turquie était parfaite pour moi : c'est un pays moderne et à l'esprit ouvert, mais on m’y accepte malgré tout avec mon hijab, » explique-t-elle. « Quand je suis arrivée ici, les portes se sont ouvertes pour moi. Je pouvais étudier la conception graphique et lancer mon projet de bibliothèque. C'était vraiment formidable. »

« Quand je suis arrivée ici, les portes se sont ouvertes pour moi. Je pouvais étudier la conception graphique et lancer mon projet de bibliothèque.”

C'est dans un salon du livre à Istanbul qu'elle a rencontré son partenaire commercial et désormais fiancé Mohammad, 27 ans, un réfugié syrien de Damas qui a fui vers la Turquie en 2016 après avoir passé sept mois en prison. « J'ai été vraiment impressionné lorsque je l'ai entendue parler de son projet de bibliothèque et elle m’a aussi beaucoup impressionné ! Je suis tombé amoureux, » dit Mohammad, le bras autour de l'épaule de Nada.

Grâce à sa formation de gestionnaire, il est aujourd'hui responsable de la promotion de la bibliothèque en ligne et des nouvelles acquisitions de leur affaire en plein essor. L'an dernier, le couple a ouvert une petite librairie et un café littéraire à Fatih, un quartier central d'Istanbul où vivent de nombreux réfugiés syriens.

Ils ont des clients réguliers, comme cette mère syrienne qui emprunte des livres d'enfants pour satisfaire l'insatiable appétit de son fils pour la lecture, ou encore un Syrien d'âge mûr qui travaille six jours par semaine dans une fabrique de vêtements à proximité et qui aime consacrer plusieurs heures de son dimanche à lire des romans en dégustant lentement des tasses de fort café turc.

À la fin de l'année dernière, une subvention de démarrage leur a été accordée par le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés. Nada et Mohammad ont utilisé l'argent pour acheter davantage de livres pour la bibliothèque et publier leur premier produit créatif : un carnet de notes conçu par Nada.

« La publication, c'est difficile dans un premier temps. Ça exige un gros investissement de départ, » explique Nada. « La subvention nous a été très utile pour lancer l'affaire. Lorsque nous avons publié notre premier produit, c'était comme notre bébé. En fait, c'est notre fils, » dit-elle en riant.

En concertation avec ses partenaires, le HCR dirige des programmes de développement des moyens d'existence en Turquie, notamment les activités destinées à promouvoir et stimuler la création d'entreprise par des réfugiés.

Les subventions de démarrage et les autres initiatives touchant aux moyens d'existence sont conçues pour aider les réfugiés à se doter de sources de revenu durables dans leurs communautés d'accueil, ce qui réduit leur dépendance à l’aide et leur permet de vivre dignement pendant qu'ils sont déplacés.

Nada est heureuse de poursuivre ses ambitions en conception graphique et en publication, tout en gagnant sa vie et en amenant un peu de bonheur dans l'existence de ses compatriotes réfugiés.

« Les Syriens sont bien éduqués, » dit-elle. « Ils aiment lire. En Syrie, nous avions tellement de librairies, et puis tout a changé. Ces gens ont quitté la Syrie et leur existence est différente ici, ils doivent travailler de longues heures. Alors, avec ce projet, nous contribuons à leur bien-être… Ils peuvent lire. »