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De Sanaa à Paris : parcours d'un étudiant réfugié

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De Sanaa à Paris : parcours d'un étudiant réfugié

Après des années d'exil et d'obstacles administratifs, une bourse d'études a offert à Faniel, un réfugié érythréen qui est né et a grandi au Yémen, une voie sûre et légale de poursuivre des études supérieures en France.
18 février 2026 Egalement disponible ici :
France. A refugee student’s scholarship journey from Sana'a to Paris

Faniel, réfugié érythréen de 29 ans, qui est né et a grandi à Sanaa, au Yémen, sur les rives de la Seine à Paris, en France.

Lorsque le courriel est arrivé, Faniel est resté assis en silence pendant deux heures. Après des mois d'attente, le message confirmait ce qu'il avait à peine osé espérer : il venait d'obtenir une bourse pour un master à Sciences Po Paris.

« Je me suis dit : Des milliers de personnes postulent, et beaucoup sont plus qualifiées que moi », confie-t-il. « Mais en tant que réfugié, on apprend qu'on n'a rien à perdre à essayer. »

Âgé de 29 ans, Faniel est un réfugié érythréen né à Sanaa, la capitale du Yémen, où il a grandi. Ses parents ont fui l'Érythrée il y a près de quarante ans et sont arrivés par bateau sur la côte de la mer Rouge en 1989. Aujourd'hui, le pays fait face à l'une des plus graves crises humanitaires au monde. Enregistré par le HCR peu après sa naissance en 1996, Faniel n’a jamais connu d’autre pays que le Yémen.

France. A refugee student’s scholarship journey from Sana'a to Paris

Faniel assis dans un amphithéâtre vide du campus de Sciences Po, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris.

Malgré plus d'une décennie de conflit et d'instabilité qui ont mis à rude épreuve les communautés et les services publics, le Yémen continue d'accueillir plus de 63 000 réfugiés et demandeurs d'asile. Nombre d’entre eux vivent dans le pays depuis des générations, confrontés à des opportunités économiques limitées et à un espace de protection de plus en plus restreint, Les besoins humanitaires sont considérables, dans l'un des pays les plus pauvres de la région.

C'est dans ce contexte que Faniel a poursuivi ses études. Il a obtenu une licence en ingénierie des télécommunications avec une moyenne de 90 %. Lorsqu’une opportunité de bourse destinée aux réfugiés à Sciences Po s’est présentée, il remplissait les critères académiques, linguistiques et liés à son statut de réfugié.

Il restait toutefois un obstacle majeur.

Transformer une opportunité en réalité

À l'instar de nombreux réfugiés en situation de déplacement prolongé, Faniel ne disposait pas des documents légaux requis pour voyager à l'étranger. Sans passeport ni document de voyage reconnu, la possibilité de bénéficier de la bourse semblait d’abord hors de portée.

Après avoir informé l'université de sa situation, Sciences Po a pris contact avec le HCR en France afin d'étudier les solutions possibles. Le HCR au Yémen a ensuite rencontré Faniel afin d'évaluer sa situation et de déterminer l’appui nécessaire pour lui permettre d'accéder à la bourse.

Les bureaux du HCR au Yémen, à Djibouti et en France ont travaillé en étroite collaboration avec l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF) afin de lever les obstacles juridiques et logistiques, grâce à la voie complémentaire d'accès à l'éducation UNIV'R, un programme qui facilite l’accès de réfugiés à l’enseignement supérieur en France , en dehors des programmes traditionnels de réinstallation.

Yemen. From Sana’a to Paris: Refugee student accesses higher education through a complementary pathway

Faniel dans la ville portuaire d'Aden au Yémen en septembre 2025, avant son départ pour Paris.

Le processus consistait à faciliter les formalités de sortie de Sanaa, à transférer Faniel vers la ville portuaire d'Aden afin qu'il puisse effectuer son pré-enregistrement auprès du HCR, à appuyer la délivrance d’un document de voyage et à organiser son trajet vers Djibouti. De là, grâce au soutien rapide des autorités françaises, il a obtenu le visa et les documents nécessaires à la poursuite de son voyage vers Paris.

« J'ai senti qu'ils croyaient en mon potentiel », explique Faniel. « C'est grâce à une coordination incroyable que cette situation très complexe a pu aboutir. »

Premières impressions

Faniel est arrivé à Paris en septembre 2025 pour la rentrée universitaire. « Sciences Po est très exigeant sur le plan académique, je consacre donc la majeure partie de mon temps aux études, aux travaux et à la recherche, etc. Cela dépasse certaines de mes attentes. Les professeurs viennent d'horizons très divers, de nombreux pays différents. »

« En dehors des études, j'aime explorer. C'est la première fois que je viens en Europe et que je visite une ville européenne », explique-t-il. « Et pas n'importe quelle ville : l'une des plus belles et des plus célèbres du monde. »

Alors qu'il prenait ses marques dans sa nouvelle vie, il a commencé à faire de longues promenades et à explorer les sites emblématiques de la ville. Il a visité la tour Eiffel, le musée du Louvre, Montmartre et l'Arc de Triomphe.

France. A refugee student’s scholarship journey from Sana'a to Paris

Le musée du Louvre est l'un des monuments emblématiques de Paris que Faniel a visités lors de ses fréquentes promenades dans la ville.

« La tour Eiffel m'a beaucoup impressionné », confie-t-il. « Je suis monté tout en haut et j'ai pu admirer la ville qui s'étendait sous mes yeux. C'est inoubliable. »

Au Louvre, il a fait une découverte inattendue.

« Ce qui m'a particulièrement marqué, c'est de découvrir des statues et des inscriptions yéménites dans le musée », précise-t-il. « C'était vraiment très intéressant à voir. »

Rester en lien avec les siens

Tout en s'adaptant à la vie à Paris, Faniel reste très proche de sa famille au Yémen.

« Ma famille est restée à Sanaa », explique-t-il, une ville encore marquée par des années de conflit et d'instabilité. « Je passe des appels vidéo hebdomadaires avec eux, et nous restons également en contact par SMS et WhatsApp. »

Il a également trouvé une communauté accueillante en France. Le week-end, il retrouve d'autres Yéménites et réfugiés, souvent pour jouer au football ou passer du temps ensemble, des routines qui l'aident à s'ancrer dans son nouveau quotidien.

France. A refugee student’s scholarship journey from Sana'a to Paris

Faniel travaille sur son ordinateur portable dans sa résidence étudiante à Paris.

Au cours des derniers mois, il a vécu de nombreuses premières expériences : se promener dans Paris pendant la période de Noël, visiter les marchés de Noël, fêter le Nouvel An sur les Champs-Élysées et voir la neige pour la première fois.

« Je n'oublierai jamais la première fois où j'ai construit un bonhomme de neige », confie-t-il.

Tourné vers l'avenir

Désormais spécialisé en développement international et en économie, Faniel souhaite mettre à profit sa formation universitaire et son expérience du déplacement. Il espère travailler à l'avenir sur des questions liées au déplacement et au développement.

Son parcours illustre à quel point l'éducation, appuyée par des voies complémentaires, peut ouvrir aux réfugiés des perspectives sûres et légales pour réaliser leur potentiel.

« Ce parcours n’est pas seulement le mien », explique-t-il. « Il est aussi important pour ma famille et pour tous les réfugiés qui rêvent d'un avenir meilleur. »