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Des titres de propriété redonnent espoir à des déplacés colombiens

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Des titres de propriété redonnent espoir à des déplacés colombiens

Cinq décennies de guerre ont forcé des millions de Colombiens à rejoindre des installations informelles et leur sécurité relative, mais certains y obtiennent désormais des titres de propriété.
23 Janvier 2018

Alba avait déjà perdu son mari dans le conflit armé en Colombie, lorsque des guérilleros d’extrême-gauche ont attaqué sa ville natale et tué ses trois fils.


Avec sa petite-fille de quatre ans, Karen, elle a fui vers la périphérie de Mocoa, une ville du sud de la Colombie, où des milliers d'autres personnes déplacées par la guerre, comme elles, ont cherché à recommencer leur vie dans la sécurité.

« Nous avions vécu dans la peur, alors nous avons cherché un moyen de nous en sortir, de mener une vie tranquille et d'éviter encore davantage de morts », explique Alba, qui vit dans l'installation informelle de Nueva Esperanza.

Plus de cinq décennies de conflit armé en Colombie ont déraciné quelque 7,4 millions de personnes à l'intérieur des frontières du pays, dont beaucoup comme Alba et Karen, chassées depuis des zones rurales reculées et les plus durement touchées par la guerre.

« Nous avions vécu dans la peur, alors nous avons cherché un moyen de nous en sortir, de mener une vie tranquille et d'éviter encore davantage de morts. »

Nueva Esperanza, qui signifie « Nouvel espoir », a vu le jour en 2001 lorsque les premières familles déplacées depuis le département de Putumayo, au sud du pays, ont établi des habitations de fortune - en utilisant parfois des sacs en plastique pour démarquer leurs terrains. Depuis, ce lieu s'est transformé en une vaste installation informelle qui abrite aujourd’hui 258 familles.

Bien qu'un accord de paix conclu en 2016 entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ait mis fin aux hostilités, il reste de nombreux défis à relever pour les personnes installées dans ces communautés non déclarées.

« La plupart des personnes déplacées internes qui vivent dans ces installations informelles ne peuvent exercer leurs droits fondamentaux comme le droit à un logement décent, à l'eau potable et à l'assainissement, ainsi que le droit à l'éducation », explique Federico Sersale, un employé du HCR sur le terrain à Putumayo.

Le HCR est arrivé il y a plus de trois ans, pour aider les résidents de la communauté à accéder à leurs droits fondamentaux. « Quand le HCR est arrivé à Nueva Esperanza, tout a changé », indique Alba.

Un centre communautaire, un club informatique et un système communautaire d’approvisionnement en eau ont été construits ces deux dernières années, avec l’aide du HCR. Puis en 2017, un rêve encore plus grand s’est concrétisé : Nueva Esperanza est devenu la première installation informelle à être légalisée dans la région du Putumayo. En août, 160 familles ont reçu un titre de propriété pour leurs terres et 106 autres sont en train de recevoir le leur.

Raul Torres a rejoint Nueva Esperanza en 2009, après avoir dû fuir les violences commises par les FARC dans une région appelée Puerto Guzman. En tant que Président de l'Association des Victimes, il a fait pression sur le gouvernement afin qu'il mette en place des services publics tels qu'un centre de santé et une école pour son quartier.

« Nous espérons que l'Etat ne nous ignorera plus maintenant que nous avons des titres de propriété et qu'ils ne diront plus : ‘Non, on ne peut rien y construire parce que tu n'es pas propriétaire’. » Tandis que Raul Torres se tient devant sa maison, en tenant son titre de propriété à la main, il ne peut cacher sa fierté.

« Je suis heureuse et je me sens désormais en sécurité, car maintenant j'ai ce dont j'avais besoin, ce que je pensais ne plus jamais avoir. »

« Je dirais que c'est grâce au rôle de la communauté dans tout ce processus. Si elle n’avait pas fait pression pour la légalisation et les titres fonciers, cela n'aurait probablement pas eu lieu », explique Federico Sersale.

La vie d'Alma a été brisée par la guerre. Sa voix tremble lorsqu'elle se souvient de la réaction de sa petite-fille lorsqu'on leur a appris que les FARC avaient tué son père et deux oncles. « Elle m'a dit: ‘Grand-mère, pourquoi avons-nous un téléphone portable? Il n'y a plus personne pour nous appeler.’ Elle m'a posé cette question car elle savait que nous serions désormais seules. »

Aujourd’hui Alba se sent enfin chez elle, entourée de ses voisins à Nueva Esperanza : « Je suis heureuse et je me sens désormais en sécurité, car maintenant j'ai ce dont j'avais besoin, ce que je pensais ne jamais avoir. »

C'est un cadeau qu’Alba pensait ne jamais recevoir ou donner : « Pour l'avenir de ma petite-fille, que j'aime tant, je veux lui donner l'héritage que je ne peux plus donner à mes fils. C’est mon souhait pour elle. »