HCR : Dans sa quatrième année, le conflit au Soudan provoque de nouveaux déplacements vers le Tchad alors que les financements restent insuffisants
HCR : Dans sa quatrième année, le conflit au Soudan provoque de nouveaux déplacements vers le Tchad alors que les financements restent insuffisants
Le Coordonnateur régional des Nations Unies pour les réfugiés pour la situation au Soudan, Mamadou Dian Balde (à droite), écoute le récit bouleversant de Leila et Ousmane, réfugiés soudanais, sur le site de Kouchaguine Moura, dans l'est du Tchad.
GENÈVE – Plus de 55 000 réfugiés soudanais ont fui vers l’est du Tchad depuis le début de l’année, alors que la poursuite des combats et la détérioration de la situation sécuritaire au Darfour, dans les États du Kordofan et dans d’autres parties du Soudan contraignent un nombre croissant de familles à franchir la frontière en quête de sécurité. Depuis le début du conflit en avril 2023, près d’un million de réfugiés sont arrivés au Tchad.
Au cours de la dernière semaine, le rythme des arrivées s’est fortement accéléré, avec plus de 400 personnes franchissant chaque jour les zones frontalières d’Adré et de Tiné, dans l’est du Tchad, soit environ vingt fois plus que la moyenne quotidienne observée au cours des derniers mois.
La situation est particulièrement critique dans les États du Darfour. Le HCR est également de plus en plus préoccupé par l’évolution de la situation dans les États du Kordofan et du Nil Bleu, où les combats et l’insécurité, notamment les frappes aériennes et les attaques de drones, contraignent davantage de personnes à fuir tout en compliquant encore l’accès humanitaire. Les chocs climatiques viennent aggraver ces pressions liées au déplacement. La sécheresse localisée, les précipitations inférieures à la moyenne et la raréfaction des ressources en eau affectent déjà les moyens de subsistance, tandis que la prochaine saison des pluies pourrait provoquer des inondations dans certaines régions du Darfour, endommager les infrastructures, perturber les services essentiels et entraîner de nouveaux déplacements.
À Tiné, dans l’est du Tchad, le centre de transit accueille déjà plus de 4 300 personnes et est soumis à une forte pression, avec des besoins urgents en matière d’hébergement, d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de services de protection. Les réfugiés nouvellement arrivés continuent de témoigner de l’effroyable coût humain du conflit. Des femmes et des filles ont fait état de violations graves de leurs droits, notamment d’enlèvements et de viols, au cours de leur trajet vers le Tchad.
Le Soudan demeure la plus importante crise de déplacement au monde. Depuis le début du conflit, quelque 11,3 millions de personnes ont été déplacées de force, dont 6,4 millions à l’intérieur du pays. Plus de 3,5 millions de réfugiés et demandeurs d’asile soudanais ont fui à travers la région, exerçant une pression considérable sur des pays d’accueil déjà fortement sollicités.
Malgré la générosité du Tchad et des autres pays d’accueil, l’aide humanitaire ne suit pas le rythme des besoins. Au Tchad, plus de 190 000 réfugiés vivent toujours dans des conditions difficiles dans les zones frontalières, en attendant leur transfert vers des sites aménagés plus à l’intérieur du pays. Quelque 31 000 familles ne disposent pas d’un abri adéquat et la plupart des réfugiés survivent avec moins de la moitié de la quantité minimale d’eau nécessaire chaque jour.
Dans le même temps, le Tchad a pris des mesures importantes pour favoriser l’inclusion des réfugiés dans les systèmes nationaux et élargir les possibilités d'autonomie, notamment pour le nombre croissant de réfugiés soudanais hautement qualifiés. Plus de 400 professionnels de la santé ont vu leurs qualifications reconnues et certains contribuent déjà aux services de santé dans l’est du pays. Les enseignants réfugiés sont également autorisés à exercer, et au moins 2 900 d’entre eux travaillent aujourd’hui dans les écoles de l’est du Tchad.
Les conséquences de la baisse du soutien international dépassent la région immédiate. La dernière analyse du HCR sur les parcours des réfugiés soudanais vers l'Europe montre que les mouvements secondaires sont rarement décidés au départ du Soudan : ils résultent plutôt de tentatives répétées pour trouver sécurité, statut légal et perspectives d'avenir dans les pays d'asile.
Alors que les arrivées de réfugiés de toutes nationalités en Europe par la Méditerranée ont globalement diminué, celles de Soudanais par voie maritime ont fortement augmenté depuis le début du conflit. En 2025, 14 104 arrivées ont été enregistrées, contre 4 094 en 2024, soit une hausse de 245 %. L’analyse du HCR montre que les besoins de protection et les besoins essentiels non satisfaits dans les premiers pays d’asile figurent parmi les facteurs qui contribuent à ces mouvements secondaires.
Le HCR appelle à un engagement renouvelé de la communauté internationale en faveur des personnes touchées par le conflit au Soudan ainsi que des pays voisins, dont le Tchad, qui continuent de maintenir leurs frontières ouvertes et d’accueillir des millions de réfugiés. À ce jour, seuls 20 % des 1,6 milliard de dollars requis pour le Plan régional de réponse pour les réfugiés ont été reçus.
Sans un soutien humanitaire et un appui au développement renforcés, la situation des millions de personnes déplacées continuera de se détériorer, poussant davantage les réfugiés à faire des choix impossibles : rentrer au Soudan avant que les conditions ne permettent un retour sûr, ou entreprendre de dangereux voyages en quête de sécurité et de stabilité.
Pour plus d’informations à ce sujet, veuillez contacter :
À N’Djamena, Hélène Caux, [email protected], +235 85 15 81 34
À Nairobi (bureau régional), Faith Kasina, [email protected], +254 113 427 094
À Dakar (bureau régional), Fidelia Bohissou, [email protected], +221 77 569 91 60
À Genève, Eujin Byun, [email protected], +41 79 747 8719