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De l’exil à la terre, le nouveau départ de Marie

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De l’exil à la terre, le nouveau départ de Marie

Au Burkina Faso, Marie a vu sa vie basculer dans la violence avant de devoir tout reconstruire pour ses enfants. Grâce à un projet agricole soutenu par le HCR et ses partenaires, financé par la Coopération Italienne, cette mère déplacée de force retrouve peu à peu des revenus, une dignité et l’espoir d’un avenir plus stable.
2 Juin 2026 Egalement disponible ici :
Burkina Faso. IDP Marie Dabini holding her eggplant harvest

Marie Dabini, déplacée interne et bénéficiaire du projet AICS, tenant une partie de sa récolte d'aubergines.

Assise à l’ombre d’un arbre, les mains encore marquées par la récolte du matin, Marie regarde sa parcelle d’aubergines, de choux et d’oignons. Dans ce silence se croisent la violence du passé et la détermination de continuer. Après avoir tout perdu, elle a trouvé dans la terre un chemin de reconstruction. À 35 ans, Marie assume seule la charge de 12 enfants : ses trois enfants biologiques et neuf autres confiés à sa responsabilité après la mort de son époux. Avant la crise, elle travaillait comme caissière dans une institution de microfinance et nourrissait déjà une passion profonde pour l’élevage. « Mon mari était expert en élevage. C’est lui qui m’a formée. Grâce à lui, j’avais acquis une vraie expérience dans ce domaine que j’aimais énormément », raconte-t-elle.

Avant que tout ne bascule, Marie avait déjà construit une activité d’élevage prometteuse. Mais en 2020, en une nuit, cet horizon s’effondre. Son village est attaqué alors qu’elle est enceinte de neuf mois. La concession familiale est détruite, et son époux ainsi que ses beaux-frères sont assassinés. Peu après, elle accouche dans des conditions précaires, puis fuit avec ses enfants et ses belles-sœurs jusqu’à Fada N’Gourma, où la famille devient déplacée interne.

Après un hébergement temporaire chez un parent, Marie loue une petite maison en tôles dans un quartier reculé de Fada N’Gourma, où elle vit avec ses enfants, dont un nouveau-né. À la précarité s’ajoutent de profondes blessures physiques et psychologiques. À leur arrivée, Marie et sa famille reçoivent une aide d’urgence vivres, soins médicaux et accompagnement psychosocial avec l’appui des autorités, du HCR et de partenaires locaux. « Mentalement, je n’allais plus bien. Il m’arrivait même de sortir avec mon bébé et d’oublier où je l’avais laissé. J’étais constamment dans la peur et la dépression. »

Peu à peu, pourtant, Marie cherche à dépasser la survie pour retrouver une autonomie et une place pour elle-même et pour ses enfants.

De l’aide à l’autonomie : Une opportunité qui change tout

Une opportunité décisive s’ouvre alors à Marie, avec la promesse d’une reconstruction durable par l’agriculture. Dans le cadre du projet « Promouvoir l'autonomisation, l'intégration socio-économique durable et la cohésion pour les personnes déplacées de force et les communautés d'accueil au Burkina Faso» financé par la Coopération italienne -la Direction Générale de la Coopération au Développement du Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération Internationale à travers l’Agence Italienne pour la Coopération au Développement (AICS) - des personnes déplacées de force et des membres vulnérables des communautés hôtes bénéficient d’un accompagnement vers l’autonomie économique. Mis en œuvre par le HCR avec l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA), la FAO et les autorités locales, ce projet propose formation, équipement et accompagnement technique. C’est dans ce cadre que Marie a été retenue pour suivre un programme de formation et d’autonomisation agricole. Au cœur du dispositif se trouve un site maraîcher aménagé au sein de l’INERA. Sur ce site, une parcelle a été mise à disposition pour permettre aux bénéficiaires d’apprendre, produire et gagner un revenu. Le rôle de l’INERA est essentiel. Au-delà de l’appui immédiat, l’Institut transmet des compétences durables et ancre le projet dans les institutions nationales. Pour le Dr POUYA B. Mathias, Directeur régional de l’INERA de Fada, ce partenariat représente bien plus qu’un simple appui agricole. « À travers cette coopération avec le HCR et ses partenaires, notre ambition est de permettre aux personnes déplacées de force de retrouver leur autonomie et leur dignité grâce à des compétences agricoles durables. Au-delà de la production, nous voulons redonner espoir à des familles qui ont tout perdu », a-t-il déclaré.

Burkina Faso. IDP Marie Dabini after cabbage harvest at INERA Fada

Marie Dabini, déplacée interne et bénéficiaire du projet AICS, est assise sous un arbre après avoir récolté des choux sur les parcelles qui lui ont été attribuées par l'INERA à Fada.

Marie fait partie des 42 bénéficiaires du projet, dont 25 femmes. Elle y apprend les techniques maraîchères et le suivi sanitaire des cultures. À l’issue de la formation, chaque bénéficiaire reçoit des parcelles aménagées, des semences, de l’engrais et du matériel agricole. Aujourd’hui, Marie cultive des choux, des aubergines et des oignons, qu’elle vend au marché pour subvenir aux besoins essentiels de sa famille. « Grâce à cette activité, je peux nourrir mes enfants, payer leur scolarité et leurs soins de santé. Nous vivons dignement aujourd’hui. » confie -t-elle.

Bien plus qu’un revenu : une renaissance

Sur le site maraîcher, les femmes déplacées ne cultivent pas seulement des légumes. Ensemble, elles reconstruisent progressivement leur vie. Entre les rangées d’oignons, de choux et d’aubergines, elles partagent leurs douleurs, se soutiennent mutuellement et retrouvent peu à peu un équilibre après les traumatismes de l’exil et de la violence. Ce lieu est devenu à la fois un espace de production, de solidarité et de reconstruction psychologique.

Pour Marie, cette activité représente bien plus qu’un revenu. Elle lui permet de protéger ses enfants et de leur offrir une vie plus digne. « Ce site maraicher nous permet d’élever nos enfants dans la dignité, sans mendicité, sans exposer nos filles à la prostitution ou nos enfants au vol pour survivre. »

Aujourd’hui, Marie recommence à se projeter dans l’avenir. Elle économise afin de renouer avec sa première passion : l’élevage. Son ambition est de créer une ferme de porcs et de volailles locales améliorées et, à son tour, d’aider d’autres femmes vulnérables à retrouver leur autonomie.

Malgré les cicatrices encore profondes, Marie avance désormais avec l’espoir retrouvé. Son parcours témoigne de l’impact concret de ce projet financé par la Coopération italienne (DGCS/AICS) sur la vie des femmes et des personnes les plus vulnérables.

« Grâce à ce projet, nous avons retrouvé l’espoir. Nous avons pu nous relever et avancer. »