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Le premier verre d’eau: reconstruire une vie, un article essentiel à la fois

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Le premier verre d’eau: reconstruire une vie, un article essentiel à la fois

2 Juin 2026 Egalement disponible ici :
Burkina Faso. Odile Ouédraogo, an Internally Displaced Person (IDP), receives a core relief kit in the Yaadga region

Dans la région de Yaadga, Odile Ouédraogo, déplacée interne, affiche un sourire satisfait après avoir reçu son kit de première nécessité.

Le sourire d’Odile en dit plus que les mots. Devant les kits d’articles ménagers essentiels (AME) en cours de distribution, elle tient entre ses mains celui qu’elle vient de recevoir pour sa famille. Âgée de 36 ans, mariée et mère de trois enfants, elle serre contre elle ce sac contenant des AME. Derrière son expression discrète se cache un parcours marqué par le deuil, la fuite et la perte.

Une vie paisible, brutalement interrompue

Originaire d’un village de la région du Yaadga, Odile vivait paisiblement avec son mari et leurs trois enfants. La famille tirait ses moyens de subsistance de l’agriculture, menant une vie simple mais digne.

En février 2026, tout a basculé. À la suite d’une attaque qui a frappé leur village, la famille a dû fuir dans la précipitation. Plusieurs habitants ont perdu la vie, parmi lesquels les beaux-parents d’Odile, trop âgés pour se mettre à l’abri.

“Ils étaient trop âgés pour courir, sauver leur vie comme nous l’avons fait……” confie-t-elle, la voix empreinte d’émotion.

Au-delà du deuil, la famille a tout perdu : leur récolte, leurs moyens de transport et leurs outils agricoles. Odile et ses enfants ont fui à pied sur plusieurs kilomètres, avant de trouver des tricycles qui les ont conduits jusqu’à Yako, une ville de la région du Yaadga.

Arriver à Yako sans rien

À Yako, tout était à reconstruire. Odile s’est tournée vers sa mère, la seule parente sur qui elle pouvait encore compter. Mais celle-ci était déjà dans une situation fragile : veuve depuis quelques années, elle était retournée vivre chez sa propre famille, dans une maison déjà surpeuplée.

L’arrivée d’Odile avec ses trois enfants a encore alourdi la charge de ce ménage déjà vulnérable. Tout manquait : la nourriture, l’espace, les vêtements, les ustensiles de cuisine de base, et avec cela, la dignité d’une mère qui ne pouvait plus subvenir aux besoins essentiels de ses enfant.

“Nous étions si nombreux sous le même toit. Ma mère avait à peine quelques ustensiles de cuisine. Parfois, nous devions emprunter, voire louer, des marmites et des bassines à d’autres familles hôtes ou déplacées, simplement pour cuisiner ou laver nos vêtements”. confie-t-elle.

Séparée de son mari durant le déplacement, Odile assume seule la responsabilité de ses enfants tout en soutenant sa mère vieillissante. Chaque matin, le quotidien doit être réinventé, entre emprunts, demandes d’aide et débrouillardise.

Peu après leur arrivée, Odile et sa famille ont été identifiées et enregistrées par la Direction régionale en charge de la Famille et de la Solidarité, en coordination avec les acteurs humanitaires, une première étape essentielle vers l’assistance. Compte tenu de l’ampleur des déplacements dans la région, la mise en place d’un appui plus conséquent, tel que la distribution de kits d’AME, nécessite du temps. C’est précisément cette attente qui a rendu la distribution d’autant plus significative lorsque le moment est enfin arrivé.

Le kit AME : un premier souffle de soulagement

Quelques semaines plus tard, Odile a été contactée pour bénéficier d’une distribution de kits d’articles non alimentaires, organisée par le HCR Burkina Faso en appui aux efforts du Gouvernement, à travers son partenaire la Croix-Rouge burkinabè, dans le cadre d’un projet financé par King Salman Humanitarian Aid and Relief Centre (KS Relief).

Burkina Faso. Core relief kits distribution in Yako (KSrelief)

Aperçu de la composition du kit de première nécessité distribué à Yako dans le cadre du projet KSrelief.

“Ils nous ont demandé de venir avec nos pièces d’identité le jour de la distribution”, explique-t-elle.

Ce matin-là, elle s’est présentée, sans vraiment oser espérer. Devant elle se trouvait un kit complet : marmites, assiettes, gobelets, moustiquaires, couvertures, pagnes, une lampe solaire et plusieurs autres articles essentiels.

“Ce que nous avons reçu dépasse largement ce que nous espérions.”

Entre ses mains, ces objets sont bien plus que de simples biens matériels : ce sont des outils pour reprendre le contrôle de sa vie, cuisiner sans dépendre des autres, protéger ses enfants du froid la nuit, et retrouver un sentiment de dignité.

“ Je n’avais même pas de couverture… Aujourd’hui, j’en ai pour mes enfants, et même pour ma mère.”

Son sourire en dit long : la fatigue est toujours là, le deuil reste présent, mais par-dessus tout, la résilience.

“Grâce à ces articles, je peux enfin cuisiner et m’occuper de mon foyer sans avoir à demander ou louer des choses aux autres. Cela peut sembler peu, mais pour nous, cela change tellement notre quotidien. On n’oublie jamais le premier verre d’eau que quelqu’un vous tend lorsque vous avez tout perdu.”

Pour Odile, ce kit représente précisément ce premier verre d’eau : un geste simple, mais vital. Il s’agit de la première assistance que sa famille a reçue depuis qu’elle a été contrainte de fuir en février 2026.

“Je remercie sincèrement le HCR et ses partenaires pour ce soutien. Ces articles nous aideront à reconstruire, pas à pas, notre dignité et nos vies.”

Une histoire parmi tant d’autres

L’histoire d’Odile n’est pas unique. Elle reflète la réalité quotidienne de nombreuses familles déplacées qui, à Yako et au-delà, accueillent ces kits comme un premier souffle de soulagement après des pertes profondes.

Adjara en fait partie. Comme Odile, elle a été contrainte de quitter son village après que la violence a atteint sa communauté, emportant avec elle seulement ce qu’elle pouvait porter et le nourrisson qu’elle garde aujourd’hui attaché dans son dos. Depuis son arrivée à Yako, elle vit elle aussi dans des conditions difficiles, accueillie par une famille hôte aux moyens très limités, et attendant, comme tant d’autres, le soutien qui permettra à sa famille de se relever.

Burkina Faso. Displaced beneficiary carrying her core relief item kit

Kinda Adjara, bénéficiaire du projet KSrelief, est ravie de porter son kit de première nécessité.

Le jour de la distribution, Adjara attache soigneusement son kit d’articles non alimentaires sur son vélo, son bébé solidement maintenu dans son dos. Le soleil est écrasant, la journée est longue, mais son visage laisse transparaître une joie discrète. Avec les marmites, les couvertures, les moustiquaires et la lampe solaire désormais en sa possession, elle peut commencer à réorganiser son foyer : préparer les repas pour ses enfants, les protéger la nuit, et enfin se libérer du besoin quotidien d’emprunter.

Pour elle, comme pour Odile, ce kit est bien plus qu’un ensemble d’objets. Il représente la première reconnaissance concrète de ce qu’elle a perdu, et la première étape tangible sur le long chemin vers une vie digne.

À travers le projet « Assistance humanitaire aux personnes déplacées de force dans les régions du Yaadga et du Goulmou », financé par KS Relief, le HCR Burkina Faso poursuit son action aux côtés du Gouvernement du Burkina Faso, en fournissant une assistance essentielle aux familles ayant fui les violences et perdu leurs moyens de subsistance. Derrière chaque kit distribué se trouve un ménage, et un premier pas, parfois discret, vers la reconstruction d’une vie digne.