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Divorcée alors qu’elle voulait aider sa famille, Salma* verse plus de 400 USD de dommage intérêt à son mari

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Divorcée alors qu’elle voulait aider sa famille, Salma* verse plus de 400 USD de dommage intérêt à son mari

5 Décembre 2023
Salma

« J’ai passé 25 jours à la maison d’arrêt de Guéréda et versé une somme de 400 USD à mon mari qui m’a divorcé ».

Salma* s’est battue pendant sept ans et a écopé d’une peine de près d’un mois de prison, pour avoir contesté le fait que son beau-frère a revendu le terrain qu’elle avait acheté pour ses enfants, sans son consentement. « J’ai été traité de déviante et d’orgueilleuse pour avoir acheté un terrain. Mon tort, c’est de vouloir savoir pourquoi mon beau-frère a vendu mon terrain sans mon consentement. J’ai été libéré avec l’appui juridique du HCR. » explique la réfugiée Soudanaise au camp de Kounougou dans la province de Wadi-Fira.

Bien que dans une situation de déni de ressource, seule et divorcée, Salma* a à sa charge ses six enfants. Arrivée au Tchad au début des conflits au Darfour en 2004, elle garde des liens avec Berseliba sa ville natale. « J’avais toujours espoir de rentrer au Soudan un jour quand la paix serait revenue », confie-t-elle. 

Les années passent et face aux multiples contraintes financières auxquelles sa famille fait face, en 2016 elle décide de se lancer dans un petit commerce pour épauler son mari boucher. « Les conditions de vie étaient dures, je devais aussi chercher un peu d’argent de temps en temps pour répondre à quelques besoins de la famille », explique-t-elle.

Deux ans plus tard, son commerce évolue si bien qu’il lui vient à l’idée de placer son bénéfice dans un projet pour ses enfants. Elle achète donc un terrain à usage d’habitation, à Bersiliba au Soudan, et confie la somme de 330 USD à son mari pour l’achat du lotissement dans sa ville natale. « J’avais des enfants, je pensais beaucoup plus à eux quand j’achetais ce terrain », précise-t-elle.

Quelques années s’écoulent avant qu’elle n’apprenne que son beau-frère a revendu son bien. Elle s’approche de son mari pour en savoir plus, mais il ne lui donne pas de réponse satisfaisante. Elle saisit alors le conseil des sages qui ne lui donne pas gain de cause. « Etant donné que c’est un mariage endogamique, la famille a trouvé anormal que je porte plainte contre mon beau-frère à cause de mon terrain, tout ça a causé mon divorce. », dit-elle amère.

Son ex-mari lui réclame ensuite le remboursement de sa dot et elle est convoquée à la brigade de Guéréda trois jours plus tard. Salma* doit verser une somme de 400 USD à son ex-mari et comme elle n’est pas en mesure de la trouver, elle passe 25 jours à la maison d’arrêt avec son dernier né de six mois qu’elle allaitait.

Elle y serait restée plus longtemps n’eut été l’assistance juridique du HCR et l’intervention financière de sa grande sœur pour obtenir sa libération. « Un versement en espèce de 250 USD a été effectué et on s’est engagés à verser le reste. », clarifie-telle.

Depuis sa sortie de prison, Salma* vit dans la peur, et reste sous la protection des forces de sécurité tchadiennes au sein du Détachement pour la protection des humanitaires et des réfugiés (DPHR) pour sa sécurité « J’ai tellement peur, car maintenant je ne fais aucune activité, l’un de mes fils est malade, la nuit je ferme la porte, mais la crainte ne me quitte pas », se plaint-elle.

Son divorce l’a laissée à la tête d’une famille disloquée, son fils aîné de 18 ans a quitté le camp pour l’orpaillage dans le nord du pays. Salma* bénéficie néanmoins de l’assistance du HCR et de l’appui psychosocial qu’offre ses partenaires. Une aide qu’elle apprécie et qui selon elle l’amènera à se reconstruire progressivement.

Comme Salma*, de nombreuses réfugiées victimes de dénis de ressources et de différentes formes de violences, bénéficient des assistances multiformes du HCR dans un contexte de ressources limitées.