« L’éducation est une lumière que le conflit ne peut éteindre»
« L’éducation est une lumière que le conflit ne peut éteindre»
Tarek, un réfugié soudanais, apprend le français afin de faciliter son intégration tout en garantissant à ses enfants l'accès à l'éducation. Ceux-ci sont scolarisés dans le système éducatif centrafricain au niveau primaire.
Dans le quartier de Korsi, qui accueille des réfugiés soudanais aux abords de la ville de Birao, dans la préfecture de Vakaga, au nord-est de la République centrafricaine, Tarick Abdallah reconstruit sa vie en exil, entre le marché, l’apprentissage et l’espoir d’un avenir meilleur pour ses enfants.
« L’éducation est une lumière que le conflit ne peut éteindre. Tant qu’elle brille chez nos enfants, l’avenir reste possible », confie-t-il.
Sous un soleil ardent, au milieu des abris de fortune faits de bâches usées et de tiges de bambou, Tarick vit avec son épouse, Awadi, et leurs quatre enfants : Tawasol, 9 ans, Ossama, 6 ans, Mnahil, 4 ans et Intessar, née à Korsi il y a un an et demi.
Originaire de Nyala, au Soudan, Tarick a fui avec sa famille en 2023 lorsque les bombardements ont rendu toute survie impossible.
« Nous avons quitté Nyala en véhicule jusqu’à Am-Dafock, puis avons poursuivi vers Birao en motos à trois roues. J’ai tout laissé derrière moi, y compris ma maison et mes biens », raconte-t-il.
Avant la guerre, Tarick était enseignant. Une identité que l’exil ne lui a pas enlevée.
Assis sur une natte devant leur abri, il corrige aujourd’hui les mots français de ses enfants, encourage leurs efforts et transmet, avec patience, ce qu’il apprend lui-même.
Tarek, un réfugié soudanais, apprend le français afin de faciliter son intégration tout en garantissant à ses enfants l'accès à l'éducation. Ceux-ci sont scolarisés dans le système éducatif centrafricain au niveau primaire.
Pour Tarick, l’éducation est bien plus qu’un apprentissage : c’est une stratégie de survie et une passerelle vers l’intégration.
« La principale difficulté pour nos enfants ici est l’accès à l’éducation, notamment en raison de la langue. Au Soudan, nous utilisons surtout l’arabe et l’anglais. Ici, c’est le français. J’ai commencé à l’apprendre pour aider mes enfants à s’intégrer et à communiquer avec la communauté locale », explique-t-il.
Chaque semaine, il suit des cours de français à Birao dans le cadre d’un projet soutenu par la Fondation Mastercard. Malgré la distance, la chaleur et les contraintes du quotidien, il s’y rend avec assiduité, convaincu que la langue est une clé essentielle pour l’intégration et l’avenir. Assis parmi d’autres réfugiés, il retrouve le plaisir d’apprendre, de poser des questions et de progresser pas à pas.
De retour à Korsi, il transforme ce qu’il apprend en leçons pour ses enfants.
Sous l’ombre fragile des bambous sauvages, l’ancien enseignant continue d’enseigner. Avec patience, il répète les leçons, explique les mots et encourage la lecture et l’écriture. Ces moments d’apprentissage partagés renforcent les liens familiaux et ravivent chez lui la fierté de son ancien métier.
Pour Tarick, enseigner à ses enfants n’est pas seulement une manière d’occuper les journées : c’est un acte d’espoir. Dans cet environnement marqué par l’exil et l’incertitude, l’éducation devient un acte de résistance silencieuse, une manière de préparer l’avenir.
« D’ici cinq ans, je souhaite que mes enfants aient reçu une bonne éducation. Ils sont l’avenir. Je veux qu’ils grandissent avec leur culture soudanaise, mais aussi qu’ils apprennent de la culture centrafricaine, dans l’éducation, l’économie et même la manière de résoudre les conflits », dit-il.
Tarick Abadallha, refugié soudanais, commerçant au marché de Korsi à Birao dans le Vakaga en RCA.
Ainsi, au cœur de la Vakaga à Korsi, le savoir continue de circuler, porté par un père qui refuse de laisser le conflit définir l’avenir de ses enfants.
Mais Tarick ne construit pas l’avenir uniquement par l’éducation.
Grâce à l’assistance en espèces fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM), il a développé une petite activité commerciale sur le marché de Korsi.
Chaque matin, il installe son étal et vend des produits de première nécessité achetés auprès de commerçants centrafricains. Son sens de l’organisation, hérité de son passé d’enseignant, ainsi que son honnêteté lui valent le respect de ses pairs et la confiance de ses clients.
Ce commerce constitue à la fois une source essentielle de revenus et un moyen de préserver sa dignité et de contribuer à la vie communautaire. Tarick y voit une autre forme de transmission : celle du courage, du travail et de la dignité.
Entre les cours de français, les leçons données à ses enfants et son activité au marché, Tarick trouve un équilibre fragile mais déterminé.
Au marché, il transmet le sens du travail et de l’honnêteté. À la maison, il transmet le savoir et l’importance de l’éducation.
Dans les deux cas, il enseigne.
Ses enfants voient en lui non seulement un père, un commerçant respectueux et un enseignant patient, mais comprennent aussi que l’un n’exclut pas l’autre.
Tawasol, âgée de neuf ans, est la fille aînée de sa famille. Elle apprend le français grâce au cours de français qu’elle suit à la maison, offert par son père. « Mon vœu est d’apprendre le français pour mieux communiquer et avoir la chance de poursuivre mon cursus scolaire », confie-t-elle.
Tawasol et son petit frère sont scolarisés à l’école publique de Nguerendomo, située à moins d’un kilomètre de Korsi, à Birao, dans la Vakaga, en République centrafricaine, où ils apprennent le français aux côtés de leurs camarades centrafricains. Cette école accueille une grande partie des quelque 1 200 réfugiés soudanais aujourd’hui scolarisés à Birao, dans la Vakaga, en RCA.
Ainsi, Tarick trouve son équilibre entre l’organisation et la détermination. En conciliant commerce et enseignement, il démontre que même dans un contexte de déplacement forcé, il est possible de reconstruire une vie digne, de nourrir sa famille tout en préparant l’avenir par le savoir.
« Je suis reconnaissant envers le gouvernement centrafricain et les autorités locales pour l’accueil et la solidarité dont nous bénéficions ici. Le Soudan et la République centrafricaine sont deux pays frères », conclut-il.
Tawasol, la fille aînée de Tarik, répète le cours de français à la maison avec l'appui de son père à Korsi (Birao) en RCA.
« À Korsi, le gouvernement, à travers la Commission nationale pour les réfugiés, s’emploie à garantir aux réfugiés l’accès à la protection, à l’éducation et aux services essentiels. L’objectif est de renforcer leur autonomie et de soutenir leur contribution au développement socio-économique des communautés d’accueil à Birao », a déclaré Achley Kolea, assistante de protection à la Commission nationale pour les réfugiés, en charge du bureau de Birao.
Depuis le début de la crise au Soudan, le HCR appui dans le cadre de la formation des enseignants, la construction de salles de classe et de latrines et appui également le gouvernement centrafricain dans le cadre de renforcement et construction de certaines infrastructures administratives,
La République centrafricaine accueille plus de 36 300 réfugiés soudanais, dont 85 % sont des femmes et des enfants. Plus de 22 300 vivent à Korsi (Birao), tandis que plus de 14 000 ont trouvé refuge dans d’autres zones, souvent difficiles d’accès. Le HCR, en étroite collaboration avec la Commission nationale pour les réfugiés (CNR) et ses partenaires, coordonne la réponse, notamment l’accès à l’asile, l’enregistrement et la documentation civile, la protection et le suivi des risques (violence, exploitation, discrimination, refoulement), ainsi qu’une assistance vitale (eau, nourriture, NFI, abris, santé, moyens de subsistance, éducation).
L’histoire de Tarick reflète celle de milliers de réfugiés soudanais accueillis en RCA depuis le début du conflit au Soudan en avril 2023. Tarick fait partie de ceux qui prouvent que même en exil, l’espoir peut se transmettre, mot après mot, leçon après leçon, jour après jour.