Les retours de réfugiés vers le Nigéria depuis le Niger doivent cesser

Des réfugiés fuyant les combats entre militants et forces gouvernementales au nord-est du Nigéria continuent d’arriver au Niger et au Tchad avec des récits déchirants.

GENEVE, 16 janvier (HCR) – L’agence des Nations Unies pour les réfugiés a fait part, vendredi, de sa préoccupation concernant les retours de centaines de réfugiés au Nigéria depuis le Niger cette semaine. Parallèlement, le nombre de personnes fuyant les attaques des militants au nord du Nigéria a continué de croître. Le HCR a exhorté les autorités des deux pays à faire cesser ces rapatriements.

Le porte-parole du HCR William Spindler a déclaré aux journalistes à Genève que le HCR avait reçu des informations selon lesquelles des réfugiés avaient été transportés à bord de neuf autobus vers Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno au Nigéria. « Un autre groupe de 11 autobus est actuellement stationné à Gagamari, une ville de la région de Diffa au Niger, en attendant de transporter encore davantage de réfugiés vers le Nigéria », a-t-il ajouté.

« Etant donnée la situation sécuritaire instable dans l’Etat de Borno et les récentes attaques menées par les insurgés, le HCR est préoccupé par la nature de ces rapatriements et a demandé aux autorités de cesser cette opération jusqu’à ce qu’il y ait des mesures de protection appropriées et un cadre juridique entre le Nigéria, le Niger et le HCR », a expliqué William Spindler.

Les réfugiés fuyant les combats entre les militants et les forces gouvernementales au nord-est du Nigéria continuent d’arriver au Niger et au Tchad et ils font des récits déchirants d’atroces tueries et de destruction, y compris de l’extrême violence commise dans la ville lacustre de Baga en début de ce mois.

« Une femme, qui a fui Baga avec ses cinq enfants et son mari, a expliqué avoir vu les insurgés écraser des femmes et des enfants avec leurs voitures, tirer sur des gens et utiliser des couteaux pour égorger des victimes en pleine rue. Elle estime que des centaines de personnes ont été tuées à Baga », a déclaré William Spindler. « Cette famille terrifiée a réussi à fuir durant la nuit avant de rejoindre Maiduguri, d’où elle a pris un autobus vers le Niger », a-t-il ajouté.

Quelque 13 000 réfugiés nigérians sont arrivés dans l’ouest du Tchad depuis les attaques commises contre Baga dans la période allant du 3 au 7 janvier. Le HCR et la Commission gouvernementale nationale d’Accueil, et de Réinsertion des Réfugiés et des Rapatriés ont enregistré plus de 6 000 réfugiés.

Des dizaines de réfugiés continuent par ailleurs d’arriver chaque jour, dont beaucoup en canoé sur le lac Tchad dans des localités comme Ngouboua et Bagasola, à environ 450 kilomètres au nord-ouest de la capitale tchadienne N’Djamena. On compte désormais environ 16 000 réfugiés nigérians qui sont désormais arrivés au Tchad depuis mai 2014.

« Nous sommes inquiets du fait que les réfugiés de Baga et des environs choisissent désormais de fuir en traversant le lac vers le Tchad, car cela pourrait indiquer que la route en direction du Niger est bloquée par des insurgés », a déclaré William Spindler du HCR à Genève.

« Nos équipes au Tchad ont indiqué avoir identifié 104 enfants non accompagnés, qui ont été séparés de leur famille en fuyant les attaques à Baga. Ils ont été placés dans des familles d’accueil en attendant d’être réunis avec la leur », a-t-il ajouté.

Parallèlement, le HCR a commencé le transfert d’environ 2 000 réfugiés, qui étaient bloqués sur deux îles du lac Tchad, Koulfoua et Kangalam, vers le site nouvellement établi de Dar Es Salam, près de Bagasola. Le site, qui accueille actuellement quelque 1 600 réfugiés, est situé à 70 kilomètres de la frontière avec le Nigéria. Il a une capacité d’accueil initiale allant jusqu’à 15 000 personnes. Les attaques contre Baga ont également poussé quelque 570 personnes à fuir vers la région de Diffa au Niger. Certaines d’entre elles avaient traversé d’abord la frontière vers le Tchad avant de rejoindre le Niger.

Depuis que l’état d’urgence a été déclaré dans les Etats d’Adamaoua, Borno et Yobe, au nord-est du Nigéria en mai 2014, on estime que 153 000 personnes ont fui vers les pays voisins. A ce jour, le HCR a enregistré plus de 37 000 réfugiés nigérians au Cameroun et quelque 16 000 personnes sont arrivées au Tchad. Selon les autorités nigériennes, plus de 100 000 personnes, à la fois des réfugiés nigérians et des ressortissants nigériens, sont arrivées depuis la zone déchirée par la guerre au nord-est du Nigéria. Pour la seule année 2015, la violence a déjà poussé 19 000 personnes à l’exode.